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 [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13

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Cissy
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeMer 1 Juil 2009 - 19:04

Pas de menaces hein, ou je pique une méga colère! :mangacolére:
La suite, la voilà!
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XV   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeMer 1 Juil 2009 - 19:08

CHAPITRE 15


Calsci, bureau de Charlie

Charlie attendait Travers. Il avait meilleure mine que la veille, rasé et habillé de vêtements propres, mais les cernes qui soulignaient ses yeux prouvaient que le sommeil l’avait de nouveau fui toute la nuit. Il repassait les notes que lui avaient remises Larry et Amita : ils avaient vraiment fait un super boulot !

Si seulement Travers pouvait accepter d’humaniser les conditions de détention de Don en échange ! Ne serait-ce que de faire remonter la température de quelques degrés. Charlie était bouleversé à l’idée de ce que son frère devait endurer à l’heure qu’il était, terrorisé à l’idée qu’il fut déjà trop tard pour lui venir en aide : avait-il survécu à ce froid dans l’état de faiblesse où il devait se trouver ? Il s’était fait le serment que, si le pire arrivait, il tuerait Travers de ses propres mains, et tant pis pour les conséquences.

Les conséquences : quelles seraient celles de l’action qu’ils s’apprêtaient à engager ? Plusieurs agents en civil avaient infiltré les alentours de son bureau et d’autres attendaient, postés dans différents véhicules. Ils devaient suivre Travers lorsque celui-ci quitterait l’université.

David, Colby, son père et lui étaient en effet arrivés à la conclusion que, s’il donnait de ses nouvelles à ses complices régulièrement, Travers devait notamment le faire après chaque entrevue avec Charlie, ne serait-ce que pour les assurer que le plan fonctionnait. Il fallait donc le laisser passer le signal avant de l’arrêter : ce serait toujours quelques heures de plus de gagnées. Gagnées sur quoi ?

Charlie avait beau passer et repasser dans sa tête toutes les possibilités induites par le terme médaille, il ne trouvait pas ce que Don avait voulu dire. Lui et son père avaient passé la nuit à réexaminer un à un tous les trophées remportés par son frère et rien ! Il en aurait hurlé de frustration ! Dire que son frère avait confiance en lui ! Et tout ce qu’il savait faire, c’était le trahir !

Et si ce plan ne fonctionnait pas ? Si Travers n’avait pas de portable sur lui ? S’il ne contactait pas ses complices ou si, au contraire, il les contactait très régulièrement et que son arrestation lui fasse manquer une vacation ? Que se passerait-il pour Don ? Il frémissait en se souvenant des menaces de Travers : une mort très lente et très douloureuse. Il savait que ces hommes ne reculeraient devant rien. Ce n’étaient que des sadiques qui jouissaient de la douleur de leurs victimes, dès lors, comment compter sur un élan de pitié de leur part ?

Ses pensées furent interrompues par l’arrivée de l’homme qu’il haïssait comme il n’aurait jamais cru être capable de haïr un être humain. Mais pouvait-on appeler être humain l’individu qui se tenait en face de lui et qui se complaisait à torturer ses semblables, physiquement et moralement ?

L’entrevue fut brève, douloureuse pour lui, de nouveau. A ses demandes de nouvelles concernant son frère, Travers se contenta de commentaires sur le froid qui devait régner en ce moment dans sa prison et le fait que, s’il tenait un tant soit peu à lui, Charlie devrait plutôt mobiliser son énergie à trouver la solution d’un problème dont il s’étonnait qu’il n’ait pas encore découvert la clé.

Il accepta de lui donner un dernier délai : minuit, tout en insinuant qu’il n’était pas du tout sûr que Don soit toujours en vie à ce moment-là mais que « le professeur Eppes » n’aurait qu’à s’en prendre qu’à lui-même. Il s’enquit de sa collaboration avec le F.B.I., prouvant à Charlie qu’il était bien surveillé. Il réussit à détourner les soupçons de son vis-à-vis en lui laissant entendre que, malgré les pressions exercées, il avait refusé de collaborer. Mais, ajouta-t-il, il ne pouvait empêcher le F.B.I. de mener ses investigations puisque Don était des leurs et que c’était à ce titre qu’ils enquêtaient.

A son grand soulagement, Travers n’insista pas ; pourtant, ce manque de curiosité ne le rassura pas, au contraire : il prouvait que l’homme, finalement, se moquait que le F.B.I soit au courant parce qu’il était certain de pouvoir leur échapper d’une part, et de l’autre, parce que, F.B.I. ou pas, il n’avait jamais eu l’intention de tenir sa parole et de relâcher Don. Mais en même temps, Charlie fut soulagé : ils avaient pris la bonne décision : seule l’action qu’ils allaient entreprendre avait des chances de sauver son
frère.

*****


Siège du F.B.I.

Il était quinze heures quand Alan et Charlie reçurent le coup de téléphone attendu : Travers était en garde-à-vue dans les locaux du F.B.I., on les y attendait. Ils s’y rendirent, fébriles.

« Alors, que dit-il ?

- Ou en êtes-vous ?

Les deux questions avaient fusé simultanément, à peine les deux hommes sortis de l’ascenseur.

- C’est bien ce que nous craignions : il a demandé un avocat et, depuis, il ne dit pas un mot.

- Vous ne lui avez tout de même pas permis de voir un avocat j’espère ? s’alarma Charlie. Si c’est un complice, il pourrait prévenir les autres et Don…, sa voix se brisa.

- Non, rassurez-vous. On lui a dit qu’on l’appelait mais je pense qu’on va avoir du mal à le joindre.

- Par contre, ajouta Colby, cela signifie qu’on ne peut pas l’interroger.

- Moi je peux, déclara Alan. Laissez le moi quelques minutes et vous verrez.

- Non Alan, ce n’est pas une solution.

- Vous savez au moins son nom ? demanda Charlie tout en posant une main apaisante sur le bras de son père.

- Benjamin Travers, agent immobilier d’après sa carte d’identité. Mais ça ne nous a pas mené plus loin. Ce type est totalement inconnu.

- Pourtant, ce n’est pas un débutant, objecta Charlie.

- Sans doute pas, mais, jusqu’à présent, il est toujours passé entre les mailles du filet.

- Il est évident que s’il pratique le chantage, ses autres victimes n’ont pas voulu porter plainte.

- A moins qu’elles ne l’aient pas pu.

La nuance était tellement chargée de sous-entendus qu’ils se refusèrent à creuser d’avantage cette hypothèse.

- Et il n’a vraiment rien dit du tout ? insista Alan. Vous lui avez parlé du camion au moins ?

- Oui, ça a eu l’air de le contrarier qu’on ait compris cela.

- Mais pas au point de l’amener à parler. Il semble très sûr de lui.

- La seule chose qu’il ait dite avant de demander son avocat c’est qu’il ne savait pas où était le camion. Colby passa sous silence que Travers avait ajouté qu’ils venaient de signer l’arrêt de mort de Don par leur action.

- Il ment, c’est évident !

- Bien sûr, mais ça ne nous avance à rien.

- Et s’il dit la vérité, on en est au même point.

- Comment pouvez-vous penser un seul instant qu’il ignore où se trouve son propre camion ?

- C’est tout à fait plausible, intervint Charlie avant que l’un des deux agents ait pu répondre. Ce serait même logique. Ainsi, aucune trahison possible.

- Mais comment ferait-il pour retrouver ses complices une fois l’opération terminée ?

- Ils peuvent ne se donner rendez-vous qu’à ce moment-là.

- Mais que comptez-vous faire alors ?

Alan était au bord de la panique.

- Comme on l’a dit : on est en train de décortiquer ses appels et… »

Un agent vint justement avertir David du résultat des recherches. Les quatre hommes se ruèrent dans le bureau où un technicien leur indiqua les différentes antennes ayant relayé les réponses aux appels de Travers. Malheureusement, il s’agissait de portables intraçables.

Il y eut un moment de découragement : ils avaient joué et il leur semblait qu’ils avaient perdu. Alan se laissa aller sur une chaise, incapable de réagir. Charlie, lui, fixait la carte sur laquelle apparaissaient, entourées de rouge, les implantations des différentes antennes relais. Et soudain, le mathématicien retrouva son acuité intellectuelle et décela un schéma imperceptible au commun des mortels dans la succession des différentes localisations. L’espoir revint tandis qu’il se lançait dans une série de calculs savants pour lesquels Larry et Amita, qui les avaient rejoints, lui prêtèrent main-forte. David et Colby réussirent à convaincre Alan de laisser travailler les trois scientifiques mais ne purent le contraindre à quitter le bureau, pas plus qu’à prendre la moindre minute de repos.

Vers dix-huit heures, Charlie les appela pour leur signaler que leurs recherches avaient abouti. Sur la carte, étaient dessinés une série de cercles concentriques délimitant les zones probables de présence du camion. Et là, on en revenait à la pierre d’achoppement : comment identifier un véhicule lambda parmi des centaines, voir des milliers d’autres du même type.

*****


« Réfléchis Charlie, le pressa David. Si Don a voulu faire passer un message avec son histoire de médaille, c’est à toi qu’il s’adressait. A toi et à personne d’autre. Qu’est-ce que ça t’inspire ? »

Et soudain Charlie comprit ! Tout s’illumina dans son esprit et il se demanda comment il n’était pas parvenu plus tôt à cette conclusion. C’était ça ! C’était à lui, et rien qu’à lui que son frère s’adressait. La médaille ! La médaille dont rêve tout mathématicien : la médaille Fields ! Le prix Nobel de mathématiques. Il se serait battu d’avoir mis autant de temps à réaliser.

« Donc, à ton avis, Don a cherché à t’indiquer le nom de Fields !

- C’est certain, je ne vois pas d’autre explication.

- Mais quoi ? C’est le nom d’un de ses ravisseurs ?

- Peut-être, ou peut-être que ça a un rapport avec le camion.

- Quel genre de rapport ?

- Un nom écrit sur la caisse peut-être ? s’écria Alan.

- D’accord, on effectue des recherches sur les deux pistes. »

Il fallut moins d’une heure pour que les recherches aboutissent à Fields et fils, petite compagnie de viandes en gros qui desservait l’est de Los Angeles essentiellement, et une autre pour que, interrogés par la police, les patrons ne donnent les coordonnées du camion frigorifique qu’ils avaient loué pour cinq jours, en dehors de toute légalité, à un dénommé Rémy Aubert. Un avis de recherche fut alors émis sur le véhicule et une longue attente commença.

Une autre recherche informa alors les enquêteurs que ce Rémy Aubert était bien connu des services de police, recherché pour violences, voies de faits, attaque à main armée, tortures et meurtres. Ses complices habituels, au nombre de trois, étaient eux aussi fichés et considérés comme extrêmement dangereux et dénués de toute compassion. Charlie et Alan frémirent en imaginant Don aux mains de ces malfaiteurs sans pitié ni scrupules.

Ils interrogeaient anxieusement la pendule du regard, et à chaque mouvement de l’aiguille, ils substituaient la descente de la colonne de mercure dans le thermomètre. Il était plus de vingt heures, à ce moment la température était passée au-dessous de 3°C. Don pouvait-il avoir survécu à ce froid dans l’état où l’avaient réduit ses ravisseurs ? Aucune trace du camion dans la zone de recherche ! Cela impliquait-il que, inquiets du silence de leur complice, les ravisseurs s’étaient débarrassés du véhicule et, un frisson parcourut le dos de Charlie à cette évocation, de Don en même temps ?

Il était vingt deux heures lorsqu’arriva enfin l’appel tant espéré : le camion avait été repéré, juste en périphérie de la zone centrale de recherche. Aussitôt les agents se précipitèrent sur leurs armes et se ruèrent vers leur véhicule : ils savaient qu’ils n’auraient qu’une chance de sauver leur ami et ils ne voulaient pas la manquer.

Charlie parvint à les convaincre de les laisser les accompagner. David y consentit, conscient que rien ne pourrait empêcher le mathématicien de se joindre à l’unité d’intervention : sauf à le mettre en état d’arrestation, ce qu’il se refusait à faire. Il comprenait que Charlie avait besoin de se décharger de la culpabilité qu’il ressentait et que s’il lui refusait de les accompagner, il se rendrait sur les lieux par ses propres moyens s’il le fallait, risquant de se mettre en danger. Mais il exigea de lui qu’il s’engage à ne pas bouger de la voiture jusqu’à ce qu’on lui fasse signe que la voie était libre. Charlie donna sa parole, même s’il brûlait du désir d’avoir autre chose qu’un rôle passif. Il était cependant conscient que sa place n’était pas en première ligne : il ne ferait que gêner ces professionnels dans leur tâche et le moindre retard dans l’action pouvait signifier la mort pour son frère. Il ne courrait pas ce risque.

Alan, de son côté, avait dû se résigner à rester au bureau en compagnie de Larry et Amita qui s’efforçaient de lui remonter le moral. Mais il n’était pas dupe. On l’avait laissé là parce que les agents savaient qu’ils avaient peu de chance de retrouver Don en vie et qu’on voulait lui épargner l’horreur de découvrir le corps de son fils.

Il aurait voulu s’opposer à ce que Charlie accompagne l’unité d’intervention : son fils était sans doute encore moins armé que lui pour affronter cette possibilité. Mais il savait aussi que rien n’aurait pu l’empêcher de partir, quitte à se détruire à la découverte d’une vérité qu’il repoussait de toutes ses forces.

Il posa devant lui, sur le bureau où refroidissait le repas qu’il avait été incapable d’absorber, une photo sortie de son portefeuille. Ses deux fils, âgés de cinq et dix ans, riaient aux éclats en sautant dans les vagues, avec toute l’innocence et la joie de deux enfants choyés et protégés. Qu’en avait-il fait de ces enfants sur lesquels il avait pourtant promis à sa femme, sur son lit de mort, de toujours veiller ? Pourquoi n’avait-il pas été plus vigilant ? Alan savait, au plus profond de lui, que si Don mourait, Charlie ne s’en remettrait jamais : il ne perdrait pas un mais deux fils. Et que vaudrait la vie alors ?

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - chapitre XVI   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeJeu 2 Juil 2009 - 22:58

CHAPITRE 16


Rues de Los Angeles

Charlie était tendu à l’extrême : tous ses muscles lui faisaient mal tellement il était contracté à la fois par l’angoisse et par l’impatience. Autour de lui, pas un mot, tous les agents étaient concentrés sur un seul objectif : sauver la vie de leur collègue s’il en était encore temps et, dans le cas contraire, faire payer la note à ses meurtriers, et elle serait salée.

Ils s’arrêtèrent à quelques dizaines de mètres de l’endroit où le camion avait été repéré : il était garé sous un pont, à deux pas d’un fast-food. Les hommes devaient vraisemblablement être partis se ravitailler.

« Tu ne bouges pas avant qu’on te le dise Charlie, j’ai ta parole ! » lui rappela David avant de quitter le véhicule.

Alors qu’ils s’apprêtaient à donner l’assaut, ils virent un homme, chargé de ces sacs dans lesquels les employés de fast-food glissent les repas, qui revenait vers le camion. A la vue des policiers, il laissa tomber les sacs et s’enfuit. Trois hommes se lancèrent à sa poursuite tandis que les autres, au signal de David, allumaient leurs lampes et se mettait à hurler :

« F.B.I., vous êtes cernés. Rendez-vous ! Sortez, les mains en l’air ! »

Les trois hommes présents dans la cabine du camion n’opposèrent aucune résistance, au grand regret de Colby qui aurait aimé avoir une raison pour pouvoir leur rendre ne serait-ce qu’un dixième de ce qu’ils avaient fait subir à Don et à sa famille. Mais le temps pressait. Il grimpa dans la cabine à la recherche des clés permettant d’ouvrir l’arrière du camion et David et lui se précipitèrent.

Ils ne pouvaient empêcher leurs mains de trembler tandis qu’ils ouvraient les portes. Un souffle glacial les accueillit lorsqu’ils rabattirent les battants sur les côtés du camion et leurs lampes percèrent l’obscurité totale du réduit. Leur faisceau éclaira un corps à terre, totalement immobile, et ils sentirent leur cœur s’arrêter avant de se ruer d’un même élan pour arracher leur ami à sa prison polaire. Avec d’infinies précautions, ils l’étendirent au sol après l’avoir débarrassé des menottes qui retenaient ses poignets dans son dos et du bâillon qui obstruait sa bouche.

« Bon sang ! Je n’ai pas de pouls ! s’affola David.

- Il ne respire pas ! »

Un long cri d’angoisse répondit à cette dernière affirmation. Charlie, que les deux agents n’avaient pas vu les rejoindre, avait entendu leurs réflexions. Sous ses yeux horrifiés, il avait l’impression que ses pires pressentiments étaient en train de réaliser : son frère était là, livide, immobile, étendu sans réaction sur le sol dur, sous l’éclairage cru des néons du pont, et la sensation que l’irrémédiable venait de se produire le submergea. Il se jeta sur le corps inanimé et le saisit dans ses bras en pleurant et en le berçant tandis qu’il gémissait :

« Donnie ! non, non, ce n’est pas possible, je t’en prie ! »

Il n’entendait pas David et Colby lui demander de le lâcher, de les laisser s’occuper de lui ; il n’entendait que cette voix qui lui disait qu’il était arrivé trop tard, qu’il avait tout fait de travers et que son frère était mort par sa faute. Comment annoncer cette nouvelle à son père ? Comment imaginer de vivre sans Don à ses côtés ? Il sentit d’un seul coup qu’on l’arrachait brutalement à son étreinte désespérée et il tenta de se débattre, puis les mots qu’on prononçait finirent par atteindre son cerveau :

« Bon sang Charlie, laisse-nous faire ! Il est peut-être encore temps ! »

Ses pensées s’éclaircirent et il fut de nouveau capable de percevoir ce qui se passait autour de lui. Les yeux baignés de larmes, il s’aperçut alors que deux agents le maintenaient fermement tandis que Colby pratiquait un bouche à bouche sur Don alors que David lui faisait un massage cardiaque. L’évidence lui apparut aussitôt : peut-être son frère était-il encore en vie ; en tout cas, ses amis n’abandonnaient pas tout espoir.

*****


« Bon Dieu, que fait le toubib ? tempêtait David entre deux pressions sur le thorax du blessé.

Puis, reportant son attention sur celui-ci, il ajouta :

- Allez vieux, fais un effort. Bats-toi ! Ne nous laisse pas tomber !. »

Charlie s’aperçut alors qu’il était tombé à genou sur le bitume, à quelques centimètres des pieds de son frère. Il tendit la main pour se saisir de ceux-ci et frémit en les sentant glacés sous ses doigts.

Un médecin arrivait, qui, voyant les gestes des deux agents s’interposa violemment :

« Arrêtez ça immédiatement !

Ils le regardèrent, sans comprendre.

- Vous risquez de le tuer ! Dans son état, un massage cardiaque peut être fatal en amenant le sang glacé au cœur !

- Mais son cœur ne bat plus… Si nous ne le relançons pas… objecta David.

- Vous ne savez pas s’il ne bat plus ! Il est en hypothermie, les battements peuvent être imperceptibles. Laissez-moi faire maintenant.

Il fit amener des couvertures dans lesquelles on enveloppa le blessé puis il ordonna aux agents d’aller faire réchauffer des poches de sérum physiologique dans le fast-food voisin. Pendant ce temps, aidé de l’infirmier et de Colby, il installa Don sur le brancard et glissa celui-ci dans l’ambulance en demandant au chauffeur de pousser le chauffage au maximum. Charlie les suivit puis resta là, sans bouger il avait l’impression que le moindre de ses gestes concourrait à la catastrophe : tant qu’il était là, juste aux pieds de son frère, il ne pouvait rien lui arriver.

Il ne se rendait pas compte que depuis cinq minutes il répétait les mêmes mots, comme une litanie monotone et fervente : « Je t’en prie Donnie, je t’en prie. On a besoin de toi. Tu ne peux pas nous faire ça. Accroche-toi ! Je t’en supplie ! »

D’une main experte, le médecin faisait passer un tube dans la gorge de Don et l’infirmier y fixait une sorte de ballonnet sur lequel il se mit à presser à intervalle régulier. Puis on apporta les poches de sérum chauffé et le médecin fixa l’une d’entre elle sur une tubulure avant de l’amener au bras droit de l’agent inconscient. Comme à travers un prisme déformant, Charlie voyait cet homme qui s’afférait auprès de son frère avec une lenteur mesurée et rassurante qui lui donnait pourtant envie de hurler. Pourquoi restaient-ils là ? Qu’attendaient-ils pour partir pour l’hôpital ? La main du médecin remontait à la jugulaire :

« J’ai un pouls ! C’est bon ! On va pouvoir y aller ! »

Colby et David, debout aux portes de l’ambulance échangeaient un regard soulagé, aussi pâles l’un que l’autre puis se tournaient vers Charlie toujours immobile. Alors les choses reprirent leur netteté et il sortit enfin de l’état de prostration dans lequel il se trouvait.

« Il est vivant ? Dites-moi qu’il est vivant ! supplia-t-il en se relevant.

- Oui, il est vivant Charlie, répondit David en lui pressant la main dans un geste de réconfort.

- Il va s’en sortir, il est solide, » ajouta Colby.

Mais Charlie ne fut pas dupe de ses encouragements. Le visage de l’agent était grave, bouleversé. Et quand bien même il aurait été tenté de les croire, il lui suffisait de regarder la mine sérieuse, presque sévère des secouristes au chevet de son frère pour se rendre compte que la situation, même si elle était sous contrôle, restait précaire. Il s’avança à nouveau auprès de son aîné, peinant à reconnaître dans ce corps inerte, dans ce visage blême, presque gris, mangé de barbe, ce grand frère triomphant, toujours si solide, si sûr de lui, qu’il aurait suivi au bout du monde. Sa main, hésitante, alla caresser le front glacé, s’attarda sur les cheveux humides puis s’empara d’une main violacée et gelée. Une horrible boursouflure sanglante marquait le poignet : la marque des menottes. Charlie n’arrivait pas à imaginer ce que son frère avait dû souffrir.

« Vous allez le sauver, n’est-ce pas ?

Le médecin le regarda, plein de compassion :

- Nous allons faire de notre mieux. Il est stabilisé. On va pouvoir l’emmener. »
L’ambulance démarra enfin. Charlie ne lâchait pas la main inerte, comme s’il essayait de faire passer sa propre chaleur et sa propre vie dans le corps glacé. Son regard allait du moniteur sur lequel une sinusoïde indiquait que le cœur battait, faiblement certes, mais qu’il battait, au respirateur que l’infirmier continuait à actionner à intervalles réguliers, puis à la perfusion qui faisait passer dans son corps un peu de vie.

« Je t’en prie Donnie, je t’en prie. On a besoin de toi. Tu ne peux pas nous faire ça. Accroche-toi ! Je t’en supplie ! » Charlie ne s’aperçut même pas qu’il avait repris sa litanie, comme une formule magique destinée à écarter les mauvais esprits. La sirène de l’ambulance qui fonçait à toute allure lui perçait les tympans et toute son énergie n’était canalisée que par une seule idée :

« Il faut que tu vives Don : j’ai besoin de toi. »

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XVII   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeJeu 2 Juil 2009 - 23:02

CHAPITRE 17


Siège du F.B.I.

L’appel arriva au F.B.I un peu après vingt-trois heures. Don avait été libéré, on le transportait à l’hôpital au même moment.

« Comment va-t-il ? supplia Alan.

- Je n’ai pas d’autres précisions, monsieur, répondit l’agent qui était venu lui annoncer la nouvelle.

- Il est vivant au moins ?

- Oui, oui. Je vous l’ai dit, il est en route pour l’hôpital.

- Allons-y vite !

- Je vous y emmène. »

Hôpital

Alan n’eut pas conscience du chemin parcouru. Il ne sut jamais comment il s’était retrouvé dans le hall des urgences à attendre, dans un état de fébrilité extrême, qu’arrive l’ambulance qui amenait son fils rescapé. Enfin des sirènes se firent entendre.

« C’est lui ! C’est mon garçon ! »

Il se précipita au dehors, suivi d’Amita et Larry qui ne l’avaient pas quitté durant cette longue attente et qui redoutaient par-dessus tout que les choses ne se passent pas comme il l’espérait.

Une équipe de médecin sortit en hâte à la rencontre du véhicule qui arrivait. On en extirpa une civière sur laquelle gisait un corps immobile, branché à divers appareils de survie. Alan n’aurait pas identifié son fils sans la présence à ses côtés de Charlie, effondré.

« Oh mon Dieu, Donnie, mon petit, ce n’est pas possible ! »

Il se précipita sur le brancard sur lequel on venait d’installer son garçon et le serra dans ses bras, tandis que les médecins lui demandaient de s’écarter afin de pouvoir remplir leur office. Il relâcha son étreinte, le cœur déchiré, conscient que les minutes étaient précieuses. Charlie et lui restèrent à côté du brancard le long des couloirs jusqu’au moment où les médecins leur interdirent l’accès à la salle de soin dans laquelle ils disparurent avec Don.

« Je vous en prie, sauvez-le ! »

Un dernier regard au visage presque méconnaissable tant il était marqué par l’épreuve subie et ils durent retourner s’installer en salle d’attente pour ce qui allait être une faction interminable, alternant espoir et désespoir, soulagement et chagrin.

David et Colby ne tardèrent pas à les rejoindre, suivis de près par Robin, livide. Les deux agents l’avaient avertie de l’enlèvement dans l’après-midi du vendredi et depuis elle vivait, elle aussi, dans l’angoisse. Retenue par son procès, elle ne pouvait pas être présente à son gré : elle n’était pas libre de son temps, pas même libre de laisser sa pensée s’attarder sur ce qui pouvait arriver à l’homme qu’elle aimait. Les deux agents, qui la tenaient au courant de l’évolution des événements, lui avaient fait grâce des détails. Elle ignorait à quel point la situation de Don était précaire. Ce fut donc un vrai choc pour elle que d’apprendre qu’il était dans un état critique.

L’infirmière vint faire signer à Alan des formulaires de consentement de soins qu’il prenait à peine le temps de lire : qu’ils fassent tout ce qu’ils veulent, du moment qu’ils sauvaient son fils ! Les minutes passaient, sans autres nouvelles que celles qu’apportaient une infirmière, toujours les mêmes : il était en vie, les médecins s’occupaient de lui. Il était impossible d’obtenir plus de détails. Regroupés dans la salle d’attente, les parents et amis de Don ne savaient pas si c’était bon ou mauvais signe. Qu’il soit vivant était évidemment la meilleure des choses, mais pourquoi filtrait-il si peu d’informations sur son état ? Ils finirent tous par s’assoupir, plus ou moins profondément, épuisés par les soixante-douze heures qui venaient de s’écouler et durant lesquelles le sommeil leur avait été chichement compté.

*****


Il était environ minuit et demie lorsqu’un médecin pénétra dans la salle d’attente. Ses regards survolèrent tour à tour les sept personnes somnolentes, avachies dans des poses diverses dans les fauteuils de la salle d’attente. Il se racla la gorge et vit aussitôt se tourner vers lui sept visages anxieux tandis que sept silhouettes se redressaient avant de se lever et d’aller à sa rencontre. Au centre du groupe, un homme d’un certain âge qu’il identifia aussitôt comme le père de son patient. A ses côtés, un jeune homme aux cheveux noirs, frisés : le frère de la victime sans doute ; il l’avait aperçu à ses côtés dans l’ambulance. Il repéra aussi ses deux collègues, facilement identifiable à leurs blousons à l’effigie du F.B.I. Quant aux autres ? Une sœur ? Une petite amie ? Un oncle ? Ça n’avait pas beaucoup d’importance à vrai dire. L’essentiel était de s’apercevoir que la famille proche n’était pas seule et que, si le pire arrivait, elle serait bien entourée.

« Monsieur Eppes ?

- C’est moi ! l’homme qui avait répondu était bien celui qu’il imaginait. Comment va mon fils ?

- Si vous voulez m’accompagner dans mon bureau.

- Non, tous ceux qui sont là peuvent entendre ce que vous avez à me dire ! Ils sont de la famille.

- D’accord. Bien, tout d’abord, votre fils est stabilisé.

- Ça veut dire qu’il est sauvé ?

- Non, non ! Ça veut dire qu’il est toujours en vie. Mais vous devez comprendre qu’il a subit un traumatisme majeur. Sa température, lorsqu’il est arrivé à l’hôpital était d’un peu moins de vingt-huit degrés. C’est une hypothermie grave.

- Oui, mais vous l’avez réchauffé n’est-ce pas ?

- Nous continuons à le réchauffer à l’heure actuelle. Nous l’avons placé sur un matelas chauffant et nous avons commencé une irrigation péritonéale

- C'est-à-dire ?

- Nous avons pratiqué un réchauffement en introduisant du sérum chauffé dans la cavité abdominale et nous avons dû aussi nous résoudre à recourir à la circulation extra-corporelle pour réchauffer le sang plus vite.

- Oh Seigneur !

- Pour le moment, votre fils est dans le coma. Il est incapable de respirer seul, son rythme cardiaque est très irrégulier et son cœur peut lâcher à tout moment. Ses reins ne fonctionnent plus non plus et nous avons dû le placer sous dialyse. »

Il semblait à Alan qu’il s’enfonçait dans un cauchemar interminable. Charlie s’était effondré dans un fauteuil, soutenu par Amita en larmes. Robin était tellement pâle que le médecin la força à s’asseoir avant d’appeler une infirmière pour lui administrer un calmant.

« Il est perdu ? C’est ce que vous essayez de me dire ?

La voix d’Alan était désespérée.

- Pas du tout. Mais vous devez être conscient que son état est critique. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur ses chances de survie pour le moment. D’autre part, vous devez savoir qu’on ne peut pas déterminer actuellement les dommages éventuels subis par le cerveau mais que, s’il survit, il y a de réels risques de séquelles.

- Quel genre de séquelles ?

- Ça peut aller d’un simple trouble de la motricité à un état neurovégétatif chronique.

- Un état neurovégétatif chronique, reprit Charlie d’une voix atone. Vous voulez dire que mon frère risque de devenir un légume ?

- C’est en effet un risque qu’on ne peut pas exclure. Mais ce n’est que la pire des éventualités.

- Quelles seraient les autres ?

- Il y en a trop pour toutes les énumérer : il pourrait développer des troubles de la personnalité, des troubles sensoriels, une amnésie, une aphasie, tout un tas de pathologies liées à une atteinte cérébrale.

- Et quand en saurez-vous plus ?

- Pas avant quarante-huit heures en ce qui concerne le pronostic vital. Pour le reste, on ne pourra l’évaluer qu’à son réveil.

- S’il se réveille, ajouta Alan d’un ton amer.

Le médecin continuait son compte-rendu :

- Par ailleurs, votre fils présente plusieurs blessures : nous avons réduit la luxation de l’épaule et immobilisé celle-ci. Il a aussi une fracture au poignet gauche, vraisemblablement provoquée par le serrage des menottes et une côte cassée. Nous avons suturé plusieurs plaies, au niveau de la tempe droite et des cuisses ainsi que des poignets et des chevilles dans lesquels les menottes et la corde se sont incrustées jusqu’au sang. »

Il n’en aurait donc jamais fini de leur asséner des horreurs sur l’état de Don ?

« Il y a un dernier point. »

Alan leva un regard vide vers son interlocuteur. Tout cela ne suffisait donc pas, il avait pire encore à leur annoncer ?

- Les mains et les pieds de votre fils ont été sauvagement garrottés, empêchant la circulation de se faire normalement ; ceci, joint à la température glaciale dans laquelle il a été détenu, a provoqué une ischémie des quatre membres atteints. Nous tentons actuellement de relancer une circulation normale mais il se peut que les tissus aient été irrémédiablement endommagés et qu’une gangrène se développe, auquel cas nous serons obligés d’amputer.

- Non ! Le hurlement de Charlie se confondit avec le cri de douleur de son père. Jamais ! Ça jamais !

- Ce sera peut-être le seul moyen de lui sauver la vie. Mais nous n’en sommes pas encore là !

- Et nous n’y serons jamais vous m’entendez ? Mon frère est agent au F.B.I ! Comment croyez-vous qu’ils supporterait d’être amputé ? Ce serait pire pour lui que d’être mort.

- C’est souvent ce qu’on pense monsieur, mais je peux vous assurer que c’est rarement le cas. Mis devant le choix de vivre diminués ou de mourir, peu de gens tentent le diable.

- Peu de gens, ça ne veut pas dire aucun n’est-ce pas ? Et je peux vous garantir que mon frère serait de ceux-là.

- Comme je vous l’ai dit, nous n’en sommes pas là. Je voulais simplement que vous soyez préparés à cette éventualité. Pour le moment, il n’y a qu’à attendre.

- On peut le voir ?

- Si vous voulez, mais je dois vous avertir que ce peut-être difficile à supporter. Votre fils est relié à différentes machines qui le maintiennent en vie et c’est souvent impressionnant.

- Nous tiendrons le coup.

- Et en tout état de cause, je ne peux permettre la présence que de sa famille proche : vous monsieur et vous, dit-il en s’adressant à Alan et Charlie. Pour les autres, je suis désolé, mais vous ne pouvez pas entrer.

- Nous attendrons ici, dit David.

- Bien, une infirmière va vous accompagner jusqu’à votre fils. »

*****


(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XVII (suite)   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeJeu 2 Juil 2009 - 23:08

Tandis que les deux hommes disparaissaient, suivant leur guide, David s’approcha du médecin.

« Sérieusement docteur, mon ami a-t-il des chances de s’en remettre ?

- Je vais être franc avec vous agent… Sinclair, dit-il en lisant le nom sur la plaque que David avait laissé accroché à son revers. Ses chances sont minimes et, même s’il s’en sort, il y aura sans doute de lourdes séquelles : il serait étonnant que son cerveau ne soit pas endommagé.

- Mais il y a un espoir n’est-ce pas ?

- Il y a toujours un espoir agent Sinclair.

- Mon ami est très fort, c’est un battant. Vous verrez qu’il s’en sortira.

- Croyez bien que j’en serai le premier ravi. Maintenant, je dois y aller.

- Merci docteur. Oh ! une dernière chose, dit-il en l’entraînant un peu à l’écart, sous le regard intrigué de Colby.

- Oui.

- Lorsque vous l’avez examiné, avez-vous décelé des signes de sévices sexuels ?

- Vous pensez qu’il a pu être agressé sexuellement ?

- C’est à envisager. »

David n’avait pu se débarrasser de ce sentiment depuis qu’il avait vu l’un des ravisseurs abaisser le pantalon de son ami et cette éventualité le hantait. Il devait impérativement vérifier cette impression sous peine d’en être empoisonné à jamais.

- Ecoutez, nous n’avons pas particulièrement cherché de ce côté mais, dans les cas d’hypothermie on prend une température rectale, et je n’ai rien remarqué d’anormal.

- Vous êtes sûr docteur ?

- Oui : pas de rougeur, pas d’hématomes, aucun signe de traumatisme ou de déchirure. Je peux vous garantir qu’il n’y a pas eu sodomie.

- Et pour le reste ?

- Compte tenu de ses blessures aux cuisses, les hématomes et lacérations dus à la cravache pourraient très bien en cacher d’autres sortes. Par contre, il n’y a aucune trace d’irritation ou d’un quelconque traumatisme au niveau des parties génitales alors, je ne pourrais pas me prononcer sur d’éventuels attouchements, mais rien ne permet d’envisager le viol.

- Merci docteur, merci beaucoup ! dit David qui avait l’impression qu’on venait de lui enlever un poids de plusieurs tonnes des épaules.

- Qu’avais-tu de si important à lui demander ? s’enquit Colby lorsque le médecin eut tourné les talons.

- Rien, rien d’important.

- Rien d’important, vraiment ?

David soutint le regard scrutateur de son équipier. Il ne tenait pas à lui faire part de ses doutes qui lui paraissaient maintenant particulièrement monstrueux : il fallait vraiment qu’il eut l’esprit déformé par son boulot pour avoir pu soupçonner une telle abomination !

- Il t’a dit si Don avait été violé ?

Presque choqué de la manière crue dont la question était posée, David planta son regard dans celui de Colby. Il y lut alors les mêmes questions que celles qu’il s’était posées et s’aperçut que son partenaire, vivant les mêmes expériences que lui, avait cheminé sur le même terrain de pensée pour parvenir à la même terrible possibilité. Et aucun n’avait eu le courage de faire part à l’autre de ses doutes, que ce soit pour tenter de lui épargner une angoisse supplémentaire ou parce que, par une sorte de superstition, le simple fait d’en parler risquait de transformer l’éventualité en effroyable réalité.

- Toi aussi tu y as pensé ?

- Ecoute, quand je vois un type arracher le pantalon d’un autre type contre son gré, tu vois, je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Alors ?

- Non, il n’y a aucune trace d’abus sexuel.

- Sûr ?

- Le médecin est formel : ni viol, ni sodomie. Il n’a pas subi de violences sexuelles.

- En tout cas, pas de celles qui laissent des traces.

- Ce qui veut sans doute dire qu’il n’y en a pas eu. Ils ne se seraient pas contentés de quelques attouchements si tu veux mon avis.

- Je suis d’accord avec toi. D’autant que, s’ils avaient été branchés là-dessus, je suis persuadé qu’ils auraient choisi plutôt ça lors de leur petite projection.

- Pourquoi ?

- Qu’y aurait-il eu de pire pour Charlie, son père, et nous aussi, d’assister à un tel spectacle ? Honnêtement, tu vas me dire que tu n’as pas ressenti un certain soulagement lorsqu’on a commencé à le frapper ?

- C’est horrible à dire, mais oui. Je craignais tellement que…

- J’ai eu la même réaction, tu vois.

- Et tu sais ce que ça signifie, que nous ayons eu la même appréhension ?

- Que le boulot commence vraiment à nous déformer la pensée ?

- Ou bien que nous sommes tous les deux d’affreux pervers. »

Les deux hommes eurent un rire nerveux, sans joie, qui était cependant un rire franc : le premier depuis soixante douze heures, qui les libérait enfin de la tension nerveuse.

Bien sûr rien n’était gagné, mais Don était en vie, il était libre et c’était bien plus qu’ils n’auraient espéré huit heures auparavant.

*****


Charlie et Alan pénétrèrent en silence dans la pièce où reposait Don, à plat dos sur un brancard, sanglé sur le matelas chauffant dont avait parlé le médecin. Le cœur chaviré, ils l’aperçurent entouré de machines, le corps hérissé de tubes qui lui apportaient la vie mais qu’eux ressentaient comme autant d’instruments de torture, le visage livide. Son épaule gauche était enserrée dans un bandage tandis que son poignet était emprisonné dans une attelle. Ses jambes étaient bandées du haut des cuisses jusque sous les genoux. Des bandages entouraient aussi ses poignets et ses chevilles et le haut de sa tête était recouvert d’un pansement qui dissimulait sa tempe droite. Le tube du respirateur s’enfonçait dans sa gorge, maintenu par de larges bandes de sparadrap. Ses mains et ses pieds étaient emprisonnés dans un appareillage compliqué dont le médecin leur avait parlé en leur demandant la permission d’utiliser ce dispositif expérimental pour tenter d’y rétablir une circulation normale. L’infirmière, qui restait à son chevet, ajouta qu’il était heureux qu’il soit inconscient car, sinon, le rétablissement de cette fonction lui aurait occasionné de terribles douleurs.

« Voilà au moins un point positif » songea tristement Alan.

Charlie et lui réussirent à s’installer de chaque côté de leur malade et posèrent leurs mains l’un sur son bras droit, l’autre sur son ventre en prenant soin de ne pas bousculer l’un des fils qui y aboutissaient. Ils ne parlaient pas, se contentant d’épier sur le visage de l’être tant aimé, le moindre signe d’un mieux, le moindre indice qui leur permettrait d’espérer. Chacun d’eux était plongé dans ses pensées et le silence ambiant n’était entrecoupé que par les différents signaux émis par les appareils dont dépendaient la vie de celui qu’ils veillaient.

« Don, c’est papa, tu m’entends ? Ça va aller mon ange, tu vas voir, ça va aller. »

Alan n’aurait su dire d’où lui était revenu ce surnom que lui et Margaret donnaient à Don lorsqu’il était petit. Ils l’avaient adopté à la maternité : ce nouveau-né si beau leur apparaissait comme un miracle et le terme était venu spontanément aux lèvres de sa mère, à peine lui avait-on posé l’enfant sur le ventre. Alan l’avait fait sien très vite, attendri par ce petit être qui dépendait totalement de lui et qui, déjà, l’avait totalement capturé. Et la maison fusait de « mon ange » par ci, « mon ange » par là, même si l’ange se transformait régulièrement en démon.

Alan ne se souvenait plus quand ni comment il avait cessé d’appeler son fils ainsi : c’était l’évolution normale de la vie ; Don grandissait, il ne pouvait pas continuer à lui donner des surnoms pareils. Margaret, elle, avait continué longtemps encore, d’ailleurs avait-elle jamais cessé ? Alan se souvenait qu’au moment de lui dire adieu, elle avait encore appelé Don ainsi. Mais en cet instant, Alan avait l’impression de se retrouver devant le petit être qu’il avait juré de protéger et, comme un talisman, l’ancien surnom avait jailli.

*****


(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XVII (fin)   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeJeu 2 Juil 2009 - 23:09

Les heures s’écoulèrent sans changement. Régulièrement l’infirmière faisait le tour des appareils, notaient les paramètres, prenait la température rectale du malade qui n’avait aucune réaction. Et chaque fois, les deux hommes la suivaient du regard, pleins d’espoirs à l’idée qu’elle allait annoncer une évolution. Mais rien, désespérément rien, et la longue attente reprenait.

Vers trois heures, on les fit sortir afin de débrancher la circulation extra-corporelle. Désormais la température de Don était remontée à trente-deux degrés. Le dispositif n’était plus nécessaire. Lorsqu’ils purent rentrer à nouveau dans la pièce, il leur fut plus facile de s’installer auprès de lui : le tour de son lit était nettement plus dégagé. Après un court moment de joie, il apparut que l’état de Don ne s’était amélioré sur aucun autre plan et que rien ne laissait présager que ce serait le cas dans une courte échéance. Ils reprirent alors leur veille silencieuse.

Ils ne surent jamais combien de temps s’était écoulé lorsqu’eut lieu l’alerte. D’abord, les bips qui témoignaient du battement du cœur s’espacèrent et l’infirmière, soudain sur le qui-vive, s’approcha. Puis ils se mirent à accélérer anarchiquement et une alarme se déclencha. Alan et Charlie se redressèrent d’un même élan, affolés :

« Que se passe-t-il ? »

Mais personne ne songeait à répondre à leur interrogation. Ils furent repoussés, refoulés par des médecins et infirmiers accourus au signal. Ils les virent débrancher certains appareils, en brancher d’autres. On apportait près du lit un chariot et on fixait deux champs oranges sur le torse dénudé. Alan et Charlie entendaient les mots, comme venus de très loin :

« On charge à deux cents. On recule. Choquez ! »

Le corps s’arqua sous la décharge et se dressa au dessus du lit pour retomber lourdement, sans réaction.

« On charge à trois cents. On recule. Choquez ! »

Le même phénomène se reproduisit et Charlie gémit : il avait l’impression de voir son frère être torturé sous ses yeux, même si toute sa formation de scientifique lui soufflait qu’on était, en réalité, en train de tenter de lui sauver la vie.

« Je t’en prie Donnie, je t’en prie. On a besoin de toi. Tu ne peux pas nous faire ça. Accroche-toi ! Je t’en supplie ! »

La même prière monta à nouveau aux lèvres de Charlie, comme si elle seule était capable de maintenir son frère dans ce monde dont il semblait qu’il ne faisait déjà plus complètement partie.

Un troisième choc, et soudain la sinusoïde fit place à un tracé plat et jamais Charlie n’aurait pu imaginer que la vue d’une droite le mettrait dans un tel état. Une seringue entra dans son champ de vision, passant de la main d’une infirmière à celle du médecin qui injecta le produit dans le fil de la perfusion, tandis qu’un infirmier continuait à pratiquer un massage cardiaque.

Finalement, le bip reprit, hésitant d’abord puis plus rapide et irrégulier. L’équipe médicale resta sur le qui vive jusqu’à ce qu’il se régularise. Un soupir de soulagement s’exhala alors de toutes les poitrines. Ils avaient réussi à relancer le cœur. Mais un peu d’espoir venait de s’envoler avec cette nouvelle alarme et le médecin avait l’air particulièrement pessimiste.

Et la longue attente reprit. L’équipe changea : le jour s’était levé depuis un moment déjà, mais ni Alan, ni Charlie ne s’en rendirent compte, suspendus au souffle artificiel qui retenait leur fils et frère à leurs côtés.

Dans la salle d’attente, il ne restait plus que Larry et Amita qui avaient prévenu leurs assistants respectifs d’assurer leurs cours. David et Colby avaient dû retourner au bureau et Robin à son procès qui ne souffrait d’aucun report : elle avait dit une fois, en riant, que seule sa mort pouvait être admise comme cause de son absence à un de ses procès. Elle s’apercevait soudain combien cela pouvait être tragiquement réel. Tous les trois firent promettre à ceux qui restaient de les tenir au courant de l’évolution, quelle qu’elle soit.

*****


Aux alentours de midi, une infirmière tenta de convaincre Alan et Charlie de sortir quelques minutes le temps au moins de s’alimenter. Mais ni l’un ni l’autre ne purent s’y résoudre. Ils ne pouvaient se défendre de cette impression que, s’ils abandonnaient leur malade, ne serait-ce qu’un instant, ils ne le reverraient pas vivant, et rien ne pouvait les distraire de cette obsession.

La bonne nouvelle, toute relative, arriva environ une heure plus tard. Le médecin les informa que, désormais, l’état de Don était suffisamment stable pour qu’on le transfère en réanimation. La circulation s’était rétablie dans ses mains et ses pieds : tout risque d’amputation était écarté. Alan et Charlie ne parvinrent pas à se réjouir de la nouvelle : il y avait encore tant de voyants rouges allumés sur le chemin de la survie que l’extinction de l’un d’entre eux n’arrivait pas à les sortir de leur marasme.

Les médecins exigèrent d’eux qu’ils les laissent apporter à Don les soins nécessaires à son état et ils les incitèrent de nouveau à aller s’alimenter, sous peine de se trouver eux-mêmes malades et hors d’état de veiller sur le blessé. Ils finirent par se rendre à leurs raisons et partirent pour la cafétéria. Au passage, ils informèrent Larry et Amita du déroulement des choses et ceux-ci firent le maximum pour les réconforter en leur montrant le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. Ni l’un ni l’autre ne put réellement avaler quoi que ce soit. Ils se contentèrent d’un café bien sucré et d’une bouchée croquée dans un beignet qu’ils furent incapables de manger en entier.

Puis ils remontèrent au service de réanimation après avoir dit à leurs deux amis qu’il était inutile qu’ils restent là : ils les tiendraient au courant si l’état de Don évoluait. Mais leur présence à l’hôpital était inutile. Ils les quittèrent après leur avoir demandé de tenir David, Colby et Robin au courant des derniers événements.

*****


Dans l’intervalle, Don avait été installé dans une vraie chambre, dans le service de réanimation. Il gisait maintenant sur un lit, toujours environné de la perfusion, du respirateur et du moniteur qui surveillait ses constantes, mais débarrassé de tout l’attirail si impressionnant du service des urgences. Ici, on se reprenait à espérer que les choses allaient rentrer dans leur état normal.

Le soir même, le médecin leur annonça ce qu’ils perçurent comme un réel espoir : ses reins s’étaient remis à fonctionner. Enfin une vraie bonne nouvelle après tous ces mauvais augures ! Mais ni l’un ni l’autre n’avait plus la force de se réjouir complètement. Ils concentraient toute leur énergie sur un seul but : donner à Don la volonté de s’en sortir, lui faire comprendre, à travers son coma, combien il leur était indispensable. Il fallait à tout prix qu’il prenne conscience que, sans lui, rien ne marcherait plus jamais.

« Tu vois, s’il ne devait pas s’en sortir, je ne sais pas si j’aurais la force de continuer.

- De continuer quoi ?

- Tout, les maths, mes recherches… C’est drôle, je m’aperçois que, si j’en suis là aujourd’hui, c’est avant tout grâce à lui.

- Comment ça ?

- Je crois que, si j’ai autant voulu réussir, c’était pour que lui aussi m’admire. Tu comprends, vous étiez tous autour de moi, à me regarder comme une petite merveille, et le seul qui se détournait de moi, qui faisait parfois comme si je n’existais pas, c’était Don. Alors évidemment, j’avais envie de lui montrer de quoi j’étais capable, je voulais que lui aussi me trouve exceptionnel. Mais je m’aperçois maintenant que, plus je me montrais brillant pour l’impressionner, plus je l’éloignais de moi.

- Il ne s’est pas éloigné de toi Charlie.

- Bien sûr que si papa, et tu le sais très bien. Il n’empêche, sans lui je n’en serais sans doute pas où j’en suis.

- Bien sûr que si !

- Non, je ne crois pas. Et sans lui, je ne sais pas si je pourrai continuer. »

En d’autres circonstances, Alan l’aurait vertement rabroué, lui rappelant les sacrifices consentis pour son éducation, le sermonnant sur le fait que chacun fait ses choix et que ses échecs ne seraient imputables qu’à lui et pas à la présence ou non de son frère à ses côtés. Mais aujourd’hui, il s’en sentait d’autant moins capable que lui non plus n’était pas certain d’avoir la force de continuer sa route si le pire devait survenir.

« Je ne sais pas si je le pourrai non plus. » se contenta-t-il de dire.

Et Charlie se rendit compte combien son père était fragile face à la maladie de son aîné. Il se souvint qu’à la mort de sa mère, c’est sur Don qu’il s’était appuyé : c’est Don qui le relayait au chevet de son épouse mourante ; c’est Don qui l’avait aidé à organiser les obsèques, qui s’était mis en quatre pour lui trouver des occupations ensuite ; Don encore qui l’avait aidé à remiser les affaires de leur mère dans des cartons quelques mois après sa mort ; Don enfin qui lui avait redonné le goût de vivre en le forçant à reprendre sa vie sociale. Lui, Charlie, se serait montré tout à fait incapable d’accomplir les mêmes choses, et il serait tout aussi inapte à aider son père à surmonter la douleur de la perte de ce fils exemplaire.

Quelle ironie ! Quand les gens, de l’extérieur, observaient leur famille, tout ce qu’ils remarquaient c’était le fils génial, le mathématicien qu’on comparait parfois à Einstein et ils en déduisaient que toute la fierté de la famille devait reposer sur cet être exceptionnel à leurs yeux. Mais en fait le seul fils réellement exceptionnel c’était Don, lui qui, dans l’ombre, sans jamais se mettre en avant, était toujours là dans les moments difficiles, pour les soutenir tous, y compris lui, le petit frère envahissant qui lui avait pris tout son monde sans aucun scrupule et avait concentré sur lui toute l’attention de leur entourage.

Et Don ne lui en avait jamais voulu de cela, il avait toujours été le premier à l’encourager, il ne l’avait jamais lâché. Même si, à l’époque du lycée, leur rivalité avait atteint des paroxysmes. Oui, il l’avait toujours su et cela lui apparaissait encore plus nettement en ces jours d’angoisse : s’il était un membre dont la famille Eppes pouvait s’enorgueillir, c’était Don, et c’est pour cela qu’il devait vivre et que sans lui la famille n’existerait plus.

Ils reprirent leur attente, somnolant plutôt que dormant, alternativement, se nourrissant à peine, vivant au rythme des soins, des prélèvements, des compte rendus laconiques des médecins, leur quotidien rythmé par le bip obsédant du moniteur qui leur prouvait que Don était toujours avec eux. Ils lui tenaient la main valide, tour à tour, lui parlaient de tout et de rien ou bien s’abîmaient dans de longs silences douloureux, perdu chacun dans ses pensées. Le temps leur semblait figé : ils auraient été incapablex de dire s’il s’était écoulé deux ou deux cents heures. Une seule pensée les obsédait : leur fils, leur frère devait vivre, sans lui ils étaient perdus.

« Je t’en prie Donnie, je t’en prie. On a besoin de toi. Tu ne peux pas nous faire ça. Accroche-toi ! Je t’en supplie ! »

Le lundi s’acheva sans autre amélioration, puis le mardi passa dans la même attente anxieuse et le mercredi lui succéda dans le même rituel monotone et désespérant que rien ne semblait devoir interrompre.

(à suivre)
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeVen 3 Juil 2009 - 14:56

:mangarire: :mangarire:

Toujours aussi captivant..... la suite ^^^(tiens il faut que je cherche un smiley pour ça.

Bon allez la suite ou je pique une crise :mangacolére: :mangacolére:
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Tu peux toujours piquer ta crise!
Les gamins capricieux moi ça ne me fait ni chaud ni froid! :mangaenforme:

A mon âge on va à son rythme, tiens-le toi pour dit! :mangagéné:
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XVIII   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeVen 3 Juil 2009 - 18:30

CHAPITRE 18


Hôpital

Ce fut d’abord le bruit qu’il perçut : ce bip, comme un métronome agaçant, qui résonnait à son oreille sans discontinuer et qu’il ne parvenait pas à identifier et cette sorte de soufflerie régulière, comme si quelqu’un respirait tout près de son oreille. Ensuite, il prit conscience d’avoir trop chaud : cela lui parut étrange ; il avait l’impression d’avoir eu tellement froid durant la nuit.

Il sentait confusément qu’il était arrivé un événement mais il n’arrivait pas à se souvenir.

La sensation que quelque chose obstruait sa gorge lui parvint ensuite : pourtant il respirait bien. Peut-être avait-il attrapé un coup de froid ? Il lui revint à nouveau la sensation de cette température polaire durant ce qui lui semblait avoir été un cauchemar.

Il ouvrit les yeux et fixa un plafond blanc qu’il ne reconnut pas : où diable pouvait-il bien être ? Il essaya de se redresser mais la douleur le rejeta en arrière : il avait l’impression que chaque fibre de son corps le faisait souffrir, son épaule particulièrement. Précautionneusement il y porta la main droite et sentit les bandages sous ses doigts avant de s’apercevoir que son bras était immobilisé dans une gouttière.

Puis son regard accrocha le moniteur sur lequel un point oscillait régulièrement, déclenchant ce bip qui l’avait éveillé. Il en avait assez vu pour identifier un moniteur de constantes vitales. Qu’est-ce que cet objet pouvait bien faire là ? Poursuivant son exploration visuelle, il découvrit ensuite la tubulure de la perfusion qui aboutissait à son propre bras.

Son regard tomba alors sur une forme avachie dans un fauteuil auprès de son lit. Après un instant de flottement, il identifia son père. Celui-ci avait l’air épuisé : il avait le teint pâle, des cernes noirâtres soulignaient ses yeux et ses joues étaient envahies par une barbe de plusieurs jours. Il voulu l’appeler et se rendit compte qu’un tube était passé dans sa gorge. Il réalisa que c’était la raison de ce souffle qu’il entendait : on l’avait branché à un respirateur. La vérité lui apparut alors : il était sérieusement blessé, hospitalisé, et tout cet appareillage n’avait pour but que de le maintenir en vie et de vérifier ses constantes.

Qu’était-il arrivé ? Il ne parvenait pas à retrouver ce souvenir : il se sentait si fatigué !

L’impression d’avoir un poids sur le ventre remplaça soudain ses autres sensations. Il baissa les yeux et découvrit une masse noire et enchevêtrée qu’il mit quelques secondes à reconnaître comme la tignasse bouclée de son frère. Charlie était là aussi, assis en déséquilibre sur une chaise près du lit, profondément endormi la tête posée sur son ventre, le visage tourné vers lui. Sur ce visage, il lut aussi les stigmates de l’inquiétude : la même pâleur, les mêmes cernes, la même barbe drue que chez leur père, sauf que celle de Charlie était noire comme du charbon. Pourquoi ne pouvait-il pas se remémorer ce qui était arrivé ?

Sa main droite se déplaça lentement sur le drap pour venir se poser sur les cheveux de son frère endormi. Celui-ci eut un geste inconscient, comme celui que l’on a pour chasser une mouche importune. Don appuya son geste, se mettant à caresser les boucles brunes. Charlie remua alors et un grognement agacé franchit ses lèvres, signe qu’il se réveillait. Don eut un sourire fatigué : son frère avait toujours détesté qu’on le réveille !

Charlie tenta de repousser la main qui l’arrachait à ce sommeil bienfaisant qui l’avait délivré de toute son angoisse. Il comprit qu’il avait fini par s’endormir, à bout de forces, à demi-couché sur le corps de son frère. La peur qui lui tordait le ventre se réinstalla aussitôt en boule, mordant ses chairs : il s’était endormi ! Il avait laissé son frère seul à nouveau ! Et si son état s’était aggravé durant ce temps ?

C’est alors qu’il eut conscience de la caresse sur ses cheveux. Il ouvrit les yeux et son regard, cheminant le long du drap blanc croisa d’autres yeux, grands ouverts, fixés sur lui avec une expression qu’il ne leur connaissait pas. Il mit un instant à réaliser puis se dressa d’un bloc :

« Donnie ! Oh ! Mon Dieu ! Tu es réveillé ! Papa, papa ! Don est réveillé ! »

Il en devenait incohérent, fou de soulagement, ivre de joie. Son grand frère avait repris connaissance, il était sauvé ! Tout irait bien maintenant.

Alan, arraché à son tour au sommeil réparateur n’arrivait pas à croire à ce miracle. C’est presque timidement qu’il se leva pour s’approcher du lit : il vit alors que son fils le regardait et étreignit la main qu’il lui tendait tandis que des larmes de joie roulaient sur son visage :

« Mon petit, enfin. Ça va aller maintenant, tu vas voir. Tu nous as fait si peur ! »

Alertées par les exclamations de Charlie, les infirmières étaient venues aux nouvelles. Voyant le malade éveillé, l’une d’elle s’empressa d’aller prévenir le médecin qui arriva très vite à son chevet. En le voyant arriver, Charlie et Alan s’écartèrent et se tinrent debout au pied du lit, côte à côte, ne quittant pas des yeux Don qui, de son côté, gardait les siens rivés sur eux.

« Bonjour agent Eppes. Je suis le docteur Sullyvan, responsable du service de réanimation où vous avez été admis il y a trois jours. Nous avons dû vous intuber pour vous aider à respirer, je vais maintenant retirer le tube si vous êtes prêt. »

Don hocha la tête affirmativement. Il se sentait terriblement las et avait bien du mal à se concentrer mais il avait tout à fait compris ce que disait le médecin. Et il lui apparut soudain qu’il n’avait qu’une hâte : être débarrassé de ce tube qui le gênait et l’empêchait de parler, de poser toutes les questions qui envahissaient sa tête.

« Bien, vous allez prendre une grande inspiration, bloquer, et, lorsque je vous le dirai, vous expirerez bien fort. … Allez-y. »

Don se mit à tousser alors que le tube s’extrayait de sa gorge. Le médecin lui essuya les lèvres sur lesquelles du mucus se déposait et une infirmière lui glissa un cube de glace dans la bouche. Cela faisait tellement de bien ! Il se laissa retomber sur les oreillers, à bout de forces : il avait l’impression d’avoir couru deux marathons d’affilée. Son regard s’attarda sur Alan et Charlie, debout au pied du lit, et ce qu’il lut dans leurs yeux lui serra le cœur : il y avait tellement d’angoisse ! A leurs mines, à leurs regards, il réalisait qu’ils avaient dû être terriblement inquiets pour lui.

Mais pourquoi n’arrivait-il pas à se souvenir ?

*****


Alan tressaillit en voyant les yeux de son fils se refermer :

« Docteur, qu’est-ce qui se passe ?

- Ne vous inquiétez pas, répondit ce dernier tout en vérifiant le pouls du blessé, maintenant il va dormir. C’est normal, il est épuisé, il a besoin de récupérer. Et vous aussi d’ailleurs, ajouta-t-il en observant les deux hommes.

- Mais ça va aller maintenant, n’est-ce pas ? s’enquit Charlie.

- Oui, ça devrait aller ; mais nous ferions mieux d’en parler à l’extérieur pour laisser votre frère se reposer.

- Vous ne pensez pas qu’il vaut mieux rester près de lui ? Si jamais quelque chose lui arrivait…

- Il est tiré d’affaire je vous dis. D’ailleurs, il est toujours sous monitoring. Si quelque chose n’allait pas, nous serions aussitôt prévenus. Venez, je voudrais vous parler. »

Après un dernier regard à Don, rassurés par le souffle régulier qui soulevait sa poitrine et qui ne devait plus rien aux appareils, Alan et Charlie se résignèrent à quitter la chambre ensemble pour la première fois depuis qu’on l’y avait installé.

« Vous êtes sûr qu’il va se remettre ? insista Alan dès qu’ils eurent franchi la porte.
- Ce n’est pas ce que j’ai dit monsieur Eppes. Je suis simplement quasi-certain que sa vie n’est plus en danger. Pour le reste… »

La peur les saisit à nouveau.

« Que voulez-vous dire ?

- Nous ne pouvons pas encore déterminer s’il y aura ou non des séquelles. On peut d’ores et déjà écarter l’état neurovégétatif chronique puisque il est évident que votre fils avait toute sa conscience mais il va falloir attendre qu’il se réveille complètement pour pouvoir lui faire passer des tests et évaluer sa récupération.

- Mais vous avez bon espoir n’est-ce pas ?

- J’aimerais vous dire oui, je vous assure. Mais je n’en ai pas le droit. Tout ce que je peux vous dire c’est que son état de conscience était bon et plutôt encourageant pour la suite, mais n’oubliez pas que son organisme a subi un choc très sérieux, de ce genre de traumatisme qui laisse le plus souvent des traces.

- Mon frère s’en sortira : il est solide ! affirma Charlie, peut-être plus pour s’en convaincre lui-même que pour convaincre ses interlocuteurs.

- J’espère de tout cœur que vous avez raison. Pour le moment, je vous conseille d’aller vous reposer. Vous paraissez épuisés, l’un comme l’autre. De toute façon, il va dormir une quinzaine d’heures au moins. Vous avez donc largement le temps de rentrer vous reposer. Profitez-en pour vous restaurer, vous doucher et vous changer. Maintenant, excusez-moi, mais j’ai d’autres patients à voir.

- Je comprends. Merci pour tout docteur. »

Lorsque le médecin eut disparu au détour du couloir, Alan et Charlie se regardèrent longuement puis ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre : le cauchemar était terminé ! Don allait rester avec eux ! Ils pourraient le ramener à la maison. Bien sûr il restait le risque qu’il garde des séquelles de son effroyable épreuve mais ils se voulaient confiants : après tout ce qu’ils avaient traversé durant ces six jours, le pire était forcément derrière eux ; il n’était pas possible que le sort s’acharne en frappant Don d’une infirmité quelconque.

« Qu’est-ce qu’on fait ? questionna Charlie.

- Tu as entendu le médecin. Il a raison. Ton frère dort, profitons-en pour reprendre figure humaine sinon, à son réveil, nous allons l’effrayer !

- D’accord, mais je voudrais d’abord m’assurer que tout va bien.

- Il n’était pas question qu’il en soit autrement figure-toi. »

Ils pénétrèrent à nouveau dans la chambre où Don reposait. Ils restèrent un moment à le regarder dormir : son visage était détendu et ils eurent l’impression qu’il était déjà moins pâle. Sa poitrine se soulevait régulièrement et un souffle rassurant s’échappait de ses lèvres.

Tranquillisés, les deux hommes sortirent sans bruit et descendirent dans le hall. Là, Alan appela David pour lui transmettre la bonne nouvelle tandis que Charlie prévenait Amita et Larry. De chaque côté, la joie fut vive : David s’engagea à prévenir le reste de l’équipe et annonça qu’ils passeraient dans la journée, Amita et Larry affirmèrent aussi qu’ils viendrait rendre visite à leur ami. Aux uns comme aux autres, ils durent répondre d’attendre leur signal avant de venir : il fallait avant tout avoir le feu vert des médecins.

Alan téléphona ensuite à Robin, mais celle-ci était sur messagerie : c’était logique, à l’heure qu’il était le procès avait sans doute repris. Il eut une pensée pour la jeune femme qui, malgré son chagrin et son angoisse, tenait à accomplir sa tâche jusqu’au bout. C’est sans doute l’une des qualités qui la rapprochait de Don : cette conscience professionnelle poussée à l’extrême qui pouvait d’ailleurs conduire à une certaine rigidité de caractère. Cela lui avait sans doute permis aussi de résister à ces jours d’horreur : avoir quelque chose à faire l’avait un peu préservée de l’inquiétude.

Juste au moment de sortir, Alan ne put se résoudre à quitter l’établissement. Il parvint à convaincre Charlie de rentrer seul et de lui rapporter de quoi se laver et se changer. A contre cœur son fils accepta d’abandonner le chevet de son frère pour quelques heures et il quitta l’hôpital sur la promesse que, la fois suivante, on inverserait les rôles.

Lorsque son cadet eut disparu, Alan s’engouffra dans l’ascenseur qui le ramena au service de réanimation. L’infirmière s’étonna de son retour mais ne souleva aucune objection à ce qu’il retourne auprès de son fils : depuis trois jours, il n’avait jamais été envahissant et, au contraire, lui et son fils cadet avaient soulagé leur tâche du mieux qu’ils avaient pu. Et puis, mère elle-même, elle comprenait la terrible angoisse qui devait hanter ce père.

Alan entra dans la chambre obscure. Don n’avait pas bougé : il dormait calmement. Son père le contempla quelques instants, puis il se pencha sur lui et l’embrassa tendrement sur le front, laissant sa main courir un moment dans ses cheveux. Il rapprocha au maximum le fauteuil et s’installa à l’intérieur. Il saisit la main de son fils entre les siennes et ne tarda pas à s’endormir à son tour.

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XX   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeVen 3 Juil 2009 - 18:34

CHAPITRE 19


Hôpital

Don se débattait dans son cauchemar : il était poursuivi par un monstre informe, à cinq têtes, qui cherchait à le dévorer. Et il avait beau fuir toujours plus loin, le monstre finissait toujours par se retrouver en face de lui ; il lançait ses tentacules vers sa proie et, chaque fois, le malheureux sentait comme la morsure d’un fouet dans ses chairs. L’haleine de la créature était fétide et chaude, trop chaude : elle s’était répandu alentours et la température devenait insoutenable.

Il se débattit et gémit dans son sommeil. Soudain il sentit une main bienfaisante sur son front, une voix apaisante qui le rassurait :

« Tout va bien mon ange, ce n’est qu’un cauchemar, dors… »

Son souffle redevint régulier et il plongea à nouveau dans un sommeil profond.

Alan porta la main de Don à ses lèvres, se rencogna dans son fauteuil, et reprit sa veille auprès de son fils. Il était inquiet : la fièvre augmentait d’heure en heure et Don s’agitait et semblait souffrir. Le médecin, appelé à son chevet, lui avait dit que la réaction était naturelle. On avait rajouté des antibiotiques et un antipyrétique dans la perfusion de vitamines et de calmants pour pallier son état mais il fallait simplement attendre. Alan avait ainsi dormi par à-coups, éveillés par les mouvements de son fils ou simplement par son inquiétude qui ne le lâchait pas, au plus profond de son sommeil.

Il était près de six heures et il savait qu’il ne se rendormirait pas. Don semblait apaisé : il dormait calmement. Une main sur son front, un regard au moniteur : la fièvre était stabilisée, le pouls régulier et fort, la respiration normale ; et pourtant Alan ne pouvait se défendre contre cette appréhension sourde qui lui soufflait que rien n’était encore gagné. C’est ce moment que Charlie choisit pour entrer précautionneusement dans la pièce.

« Tu es déjà réveillé ? lui demanda son père.

- Comme tu vois. »

Le regard de Charlie alla tout de suite chercher son frère.

« Comment a-t-il passé la nuit ?

- Pas très bien. Il a été très agité. Je crois qu’il faisait des cauchemars.

- Il a de la fièvre aussi, ajouta Charlie d’un ton soucieux après un coup d’œil au moniteur.

- Le médecin dit que c’est normal. Ils feront des examens plus approfondis dès qu’il sera réveillé.

- Tiens, je t’ai apporté de quoi te changer et te rendre figure humaine : tu n’as pas l’air d’avoir beaucoup dormi.

- Toi non plus à vrai dire. Même si tu as tout de même l’air un peu plus reposé.

- Je n’ai pas cessé de faire des cauchemars toute la nuit.

- Décidément, c’est de famille. Bon, tu restes avec ton frère ? Je vais prendre une douche. Tu as pensé à me mettre un rasoir ?

- Oui, ne t’inquiète pas, tout y est.

- Je ne serai pas long.

- Prends ton temps, je reste avec lui. »

Tandis que son père quittait la pièce, Charlie s’installa à son tour dans le fauteuil. Comme l’avait fait Alan avant lui, il saisit la main de son frère et ne la lâcha plus. Il le scrutait attentivement, s’efforçant de déceler des signes de réveil sur le visage amaigri et mangé par la barbe. Lui aussi aurait bien besoin d’une sérieuse séance de rasage !

Alan ne mit pas plus de vingt minutes à revenir : il ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il risquait d’arriver quelque chose à Don en son absence. Et il avait l’impression que cette peur ne le quitterait plus dorénavant. L’infirmière passa de nouveau relever les constantes du blessé, elle semblait sereine et cela rassura les deux hommes qui le veillaient.

Vers huit heures, Don s’agita de nouveau, rejetant le drap comme si la chaleur le faisait souffrir, gémissant sourdement en proie à la fois à la douleur et à la terreur ; un cri lui échappa. D’un seul bond ses parents furent debout auprès de lui, chacun lui saisissant une main :

« Tout va bien, Donnie, ce n’est qu’un mauvais rêve ! »

La voix parvint à son cerveau enfiévré : un cauchemar, ce n’était qu’un cauchemar ! Mais pas seulement, il y avait autre chose.

La conscience lui revint au moment où il ouvrait les yeux, sortant enfin de ce sommeil anxieux. La première chose qu’il vit, ce fut Alan et Charlie penchés au-dessus de lui avec angoisse, et il s’aperçut que chacune de ses mains était prisonnière des leurs. Il s’efforça de leur sourire pour les rassurer.

« Papa, Charlie ! Ça va. Bon sang ! Quel cauchemar !

- Donnie, mon ange, comment te sens-tu ? »

Mon ange ? Don ne se souvenait plus depuis combien de temps il n’avait pas entendu ce surnom. C’était sa mère qui l’appelait ainsi lorsqu’il était petit, jusqu’au jour où il lui avait demandé de s’en abstenir, du moins devant ses copains.

Rien que d’entendre ces deux mots dans la bouche de son père suffit à lui faire comprendre l’intensité de l’angoisse que Charlie et lui avaient dû ressentir. De toute façon, leurs visages parlaient pour eux. Même s’ils semblaient un peu plus reposés que lorsqu’il les avait vu précédemment, en tout cas rasés de près, les cernes étaient toujours là et les traits tirés démontraient que le sommeil avait dû leur être chichement compté depuis plusieurs jours.

« J’ai mal à l’épaule.

- Elle était démise. Ils ont dû la replacer, mais ça va aller.

- Oui, je savais que c’était ça. »

Ils n’avaient pas vraiment envie de parler : trop fatigués, trop soulagés aussi pour se servir de mots. Tout passait dans leurs regards et dans l’étreinte entre leurs mains.

*****
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XX (suite)   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeVen 3 Juil 2009 - 18:35

Pour couper ce silence qui devenait pesant, Don demanda en s’efforçant de prendre un ton enjoué :

« Vous pourriez me rendre mes mains s’il vous plaît ? »

Son père et son frère s’aperçurent alors qu’ils serraient toujours ses mains au creux des leurs, comme pour former une chaîne qui le retiendrait dans ce monde. Ils se sourirent et le lâchèrent d’un même geste.

« J’ai soif. »

Alan s’empressa de verser de l’eau fraîche dans un verre et, passant un bras autour des épaules de son fils pour le soulever, il l’approcha de ses lèvres. Don but à longs traits et son visage se détendit.

« Merci, ça fait du bien.

- Comment vas-tu ?

- Un peu vaseux mais ça va aller. »

Il tenta de se redresser sur ses oreillers. Aussitôt Charlie s’empressa d’actionner le dispositif permettant de relever la tête du lit tandis que son père arrangeait les oreillers dans son dos pour l’installer plus confortablement. Il s’assirent alors sur le lit, de chaque côté de lui, ne se lassant pas de le regarder.

« Que s’est-il passé au juste ?

- Tu ne te souviens pas ?

- C’est un peu flou à vrai dire.

- On t’a enlevé et séquestré dans des conditions abominables.

- Je me rappelle qu’il faisait froid, en effet. Et j’étais attaché je crois.

- Pieds et poings liés dans un camion frigorifique ! C’est un miracle que tu sois encore en vie !

- En tout cas, ces salopards auront ce qu’ils méritent. »

Don fut presque choqué de l’intensité de la haine qu’il ressentit alors dans le ton de son frère. Charlie était si peu enclin à ce type de réaction ! Il s’aperçut que les yeux de son frère étaient pleins de larmes et imagina alors ce qu’il avait dû ressentir durant… quoi ? des heures ? des jours ? il ne parvenait pas à savoir combien de temps il était resté entre les mains de ses ravisseurs.

« Quel jour sommes-nous ?

- Jeudi.

- Jeudi, mais c’est impossible ! Ça fait une semaine ?

- Oui.

- Mais comment est-ce possible ?

- On ne t’a retrouvé qu’au bout de trois jours et tu allais très mal, la voix d’Alan trembla. Tu es resté deux jours complets dans le coma et tu n’as ouvert les yeux qu’hier.

- Tu nous as vraiment fait très peur, tu sais ! »

Oui il le savait, il n’avait qu’à jeter les yeux sur ces hommes qu’il aimait et qui le lui rendaient au centuple. Oh oui ! il pouvait sans peine imaginer le calvaire qui avait été le leur en se projetant à leur place : il savait ce que lui-même aurait ressenti si les rôles avaient été inversés.

« Je suis désolé.

- Désolé ? Mais tu n’as surtout pas à être désolé voyons !

- Donnie… tu n’as rien fait de mal, pas toi ! C’est plutôt à moi de te demander pardon.

Don regarda son frère, incrédule.

- Enfin, de quoi tu parles Charlie ? Tu n’es pour rien dans ce qui vient d’arriver.

- Je n’ai pas cessé de le lui répéter, intervint Alan.

- Mais bien sûr que si ! Vous pourrez dire ce que vous voudrez, les faits sont là. Tout d’abord, si je n’avais pas été le professeur Charles Eppes, personne n’aurait cherché à enlever mon frère pour me faire chanter !

- Ça tu n’en sais rien Charlie. Ç’aurait pu être pour autre chose mais…

- Et puis, je n’ai pas suivi les consignes des ravisseurs. Si je n’avais pas alerté le F.B.I., si je m’étais contenté d’obéir à leur ordres sans rien exiger, tu n’aurais pas été battu.

- Et je serais sans doute mort à l’heure qu’il est.

- Peut-être pas : ils auraient peut-être joué franc-jeu. C’est moi qui ai demandé à te parler, si je ne l’avais pas fait…

- Charlie, la voix de Don était lasse, tendue, ces gens ne m’auraient jamais relâché : je les avais vus. Crois-tu vraiment qu’ils auraient pris ce risque ? Et puis, s’ils avaient voulu m’épargner, ils m’auraient traité un peu mieux, tu ne crois pas ?

- Ton frère a raison Charlie : à l’heure qu’il est, si tu n’avais pas agi comme tu l’as fait, il nous aurait quitté.

La voix d’Alan trembla à cette évocation.

- Et toi aussi sans doute, ajouta Don. Je ne pense pas qu’ils auraient laissé le moindre témoin derrière eux.

Mais Charlie s’entêtait dans sa culpabilité.

- D’accord, peut-être que cette demande a permis de te retrouver…

- Pas peut-être Charlie. A coup sûr ! Quelle autre piste aviez-vous ?

- Mais j’ai mis tellement de temps à comprendre ce que tu voulais me dire ! Tu était prisonnier, blessé, retenu dans des conditions abominables, et tu as eu, malgré tout, cette présence d’esprit incroyable de me faire passer un message afin de m’aider à te retrouver. Et moi, il m’a fallu des heures pour comprendre ! Si j’avais été un peu plus vif, on aurait pu te libérer plus tôt, tu n’aurais pas eu à endurer encore des heures de ce calvaire !

- Etant donné le peu que j’ai pu te dire, je trouve que tu t’en es plutôt bien tiré compte tenu de l’état d’esprit dans lequel tu devais être à ce moment-là.

- Ça, on ne peut pas dire qu’il était dans les meilleures des conditions pour se concentrer sereinement sur la résolution de l’énigme ! opina Alan. Et je n’étais pas franchement en état de lui apporter une aide efficace, il faut le dire. Alors si quelqu’un est responsable…

- C’est absurde papa, s’insurgea Charlie. Tu sais très bien que tu as tout fait pour sortir Don de là ! C’est même toi qui m’a convaincu de collaborer avec le F.B.I. je te rappelle !

- Et à quel prix !

- Tu ne vas pas t’y mettre aussi papa ! s’alarma Don. Vous n’avez rien à vous reprocher, ni l’un ni l’autre. Ou alors, je devrais me sentir coupable aussi.

- Toi ? Mais de quoi grand Dieu ?

- Et bien, après tout, je suis censé être un professionnel et je ne me suis même pas rendu compte que j’étais suivi. Je me suis laissé embarquer comme un débutant !

- N’importe quoi ! se fâcha Charlie. Tu sais très bien que, s’il y en a un qui n’est responsable de rien dans cette horreur, c’est toi. Quant à moi…

- Maintenant ça suffit Charlie ! Tu vas m’écouter bien attentivement : tu n’es responsable de rien et tu as fait exactement ce que j’attendais de toi ! Je savais que tu étais le seul qui pouvais comprendre et déduire où j’étais retenu : personne d’autre ne l’aurait pu. Je savais que, s’il y avait une personne au monde capable de me sauver, c’était mon petit frère et je n’aurais confié ma vie à personne d’autre. J’ai confiance en toi Charlie, tu comprends… J’aurai toujours confiance en toi !

- Malgré tout ? Malgré mon accréditation et le reste ?

Don planta son regard dans celui de son frère et répéta en appuyant sur chaque mot :

- J’aurai toujours confiance en toi Charlie. Sauf, ajouta-t-il après un silence, pour ce qui concerne les résultats des matches ! »

Le sourire qu’il attendait fleurit enfin sur le visage de son frère et il se sentit soulagé d’avoir réussi à lui ôter ce poids de culpabilité qu’il aurait traîné le reste de sa vie et qui l’aurait empoisonné. Il jeta un coup d’œil à son père qui souriait aussi.

Qui fit le premier un mouvement, de Charlie ou d’Alan ? Peut-être eurent-ils le même élan en même temps. Quoi qu’il en soit, les trois hommes se retrouvèrent étroitement enlacés dans une étreinte où passaient tout ce que leur pudeur leur interdisait de se dire, tout l’amour qu’ils ressentaient les uns pour les autres et toute cette inquiétude qui les avait rongés durant cette semaine d’enfer.

« Ça suffit ! Don tentait de plaisanter. Les câlins, c’est bon pour les filles. Charlie, si tu ne me lâches pas, je t’en colle une !

- Encore faudrait-il que tu le puisses ! répliqua son frère, joyeux de voir que le sens de l’humour lui revenait : c’était le signe qu’il allait bien.

- Ah non ! Pas de dispute aujourd’hui où je vous punis tous les deux, c’est clair ? »

Alan rentrait à son tour dans le jeu. Les trois hommes échangèrent des regards où l’affection le disputait à la gratitude et au respect et leurs mains se joignirent en une ronde que rien ne semblait pouvoir jamais briser.


L’arrivée du médecin interrompit ce moment d’émotion. Il demanda à la famille de sortir pendant qu’il faisait passer quelques tests à Don pour vérifier s’il avait retrouvé tous ses moyens. Alan et Charlie attendirent dans le couloir, mais, pour la première fois depuis une semaine, ils n’étaient pas inquiets. Tout indiquait que Don allait bien. C’est d’ailleurs ce que confirma le médecin en sortant : pas de séquelle apparente, la mémoire et l’élocution étaient parfaite. Bref, tout allait pour le mieux.

« Nous allons le garder en observation dans le service encore vingt-quatre heures et si son état continue à s’améliorer nous le transfèrerons en médecine générale dès demain.

- Et quand pourrons-nous le ramener chez nous ?

Le médecin sourit à cette question impatiente.

- Monsieur Eppes, votre fils a failli mourir alors quelques jours de plus ou de moins…

- Vous avez sans doute raison, mais j’ai tellement hâte de mettre toute cette horreur derrière nous !

- Je vous comprends. Mais n’oubliez pas que Don a été sérieusement secoué. A vrai dire, je ne donnais pas très cher de ses chances. Vous avez beaucoup de veine : il a survécu et ne présente apparemment aucune séquelle. Je peux vous dire que je n’y croyais pas.

- Pourtant vous ne l’avez jamais montré.

- Surtout pas ! Si la famille perd espoir, c’est le malade qui s’en ressent !

- Mais vous pouvez tout de même nous donner une fourchette, insista Charlie. Pensez-vous qu’il pourra rentrer dans deux jours ou dans dix jours ?

- Difficile à dire. Comme je viens de vous l’avouer, je ne croyais pas qu’il s’en sortirait aussi bien. Pour quelqu’un d’autre j’aurais dit au moins dix jours. Pour lui, allez savoir… Et puis, il faut avant tout que sa fièvre tombe. De toute façon, l’important c’est qu’il s’en sorte bien non ?

- Bien sûr. Pardonnez-nous notre insistance, mais vous comprenez, ce n’est que lorsqu’il sera enfin à la maison que nous serons sûrs que tout est bien fini.

- Je vous comprends, mais soyez un peu patients. »

Le médecin les quitta après leur avoir indiqué qu’ils pouvaient permettre à ses amis de venir rendre visite à Don, à la condition de ne pas être plus de deux à la fois dans la chambre et de ne pas s’attarder. Le malade restait encore faible et avait besoin de beaucoup de repos.

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XX   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeSam 4 Juil 2009 - 22:43

CHAPITRE 20


Hôpital, chambre de Don

Alan pénétra dans la chambre de son fils pour y rejoindre Charlie qui avait tenu à rester près de lui pour la nuit. Pourtant, Don, la veille au soir, leur avait assuré qu’il se sentait bien et leur avait demandé de rentrer se reposer, ajoutant qu’ils semblaient en avoir besoin. Ils avaient donc quitté la pièce mais, comme la veille, arrivés en bas, ils n’avaient pu se résoudre à le laisser seul. Cette fois-ci, c’était Charlie qui était remonté, profitant du sommeil de son frère pour se glisser à nouveau près de lui.

Durant la journée, tous ses amis étaient venus le voir. D’abord Colby et David puis Amita et Larry et quelques collègues du F.B.I. Alan et Charlie avaient veillé à ce que les visites ne soient pas trop proches les unes des autres et qu’elles restent brèves. Ils n’avaient fait une exception que pour Robin, échappée de son procès vers dix-sept heures, qui avait passé un long moment auprès de l’homme qu’elle aimait, simplement à le regarder en tenant sa main dans la sienne, soulagée de le trouver bien mieux qu’elle n’osait l’espérer.

Epuisé par ces visites, Don s’était endormi très tôt. Charlie confirma à son père qu’il avait bien dormi, sans cauchemar, bien que des quintes de toux l’aient parfois secoué.

Alan contempla longuement le visage de son fils. Une infirmière avait procédé à sa toilette et on l’avait rasé, ce qui semblait encore accentuer sa pâleur. Un regard au moniteur, lui indiqua que sa fièvre avait monté d’un degré.
L’inquiétude lui mordit instantanément le cœur.

« Qu’en dit le médecin ?

- Qu’il faut laisser le temps aux antibiotiques de faire leur effet.

- Mais il n’est pas inquiet ?

- Je ne sais pas trop, tu connais sa maxime sur l’inquiétude des familles…

- C’est quoi cette maxime ?

Don venait de se réveiller et s’interposait dans la conversation.

- Rien d’important. Comment te sens-tu ce matin ?

- Ça va, mais son ton était si las que les deux hommes ne furent pas dupes.

- Tu n’en as pas vraiment l’air.

- Juste un peu de fatigue, mais ça va aller, ne vous inquiétez pas. »

Une violente quinte de toux le secoua et un gémissement de douleur lui échappa : la toux n’était pas ce qui était le plus compatible avec ses blessures ! Il s’efforçait pourtant de ne pas montrer combien c’était pénible, ne voulant pas rajouter à l’inquiétude qu’il percevait à nouveau chez son père et son frère. Mais ceux-ci n’étaient pas aveugles.

Le médecin ne tarda pas à arriver et son visage soucieux après l’auscultation leur serra leur cœur dans un étau : quelque chose n’allait pas, c’était évident. D’ailleurs, ils n’avaient pas besoin de médecin pour le voir : Don respirait plus difficilement, sa fièvre augmentait encore malgré les antipyrétiques et il s’agitait de nouveau dans son sommeil. Chacune des fibres de leur corps leur disait que, après ce soulagement de courte durée, le temps de l’angoisse était de nouveau venu. Le laissant à demi-endormi, ils quittèrent sa chambre sur les pas du médecin.

« Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’il a ? attaqua Charlie, le seuil à peine franchi.

- On entend des râles crépitants à la base des deux poumons, commença le médecin.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? s’inquiéta Alan.

- Votre fils a une pneumonie. Cela n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel après ce qu’il a subi.

- D’accord, mais ça se soigne une pneumonie, non ?

- Bien sûr, mais il est déjà sous antibiotiques et il ne semble pas que son état s’améliore. La fièvre continue d’augmenter et il devient moins cohérent. De plus il réagit anormalement à la lumière. Je crains qu’il n’y ait un début d’encéphalite. Il nous faut découvrir rapidement la source de l’infection.

- Que comptez-vous faire ?

- Il faut identifier l’agent pathogène : nous allons devoir faire une série d’analyses pour rechercher quelle est la bactérie en cause.

- Quels types d’analyses ?

- Prise de sang et ponction lombaire.

- Une ponction lombaire ? Non ! s’interposa Charlie.

- Docteur, vous savez ce qu’il vient de traverser. Vous ne pourriez pas lui épargner cette épreuve supplémentaire ?

- Je suis désolé, c’est le seul moyen d’adapter exactement le traitement à sa pathologie. Et puis la technique de la ponction lombaire a énormément évolué. Ce n’est plus l’examen horriblement douloureux que c’était. De nos jours, elle est pratiquement indolore si on sait s’y prendre et que le patient reste tranquille ensuite. Vous qui êtes un scientifique vous devriez le savoir, dit-il à Charlie d’un ton quelque peu chargé de reproches.

- Justement. En tant que scientifique je sais aussi que rien n’est jamais certain et… »

Ils furent interrompus par l’infirmière qui était restée auprès de Don et qui surgissait, affolée :

« Docteur, vite ! Il convulse ! »

Ils se précipitèrent dans la chambre. Horrifiés, Alan et Charlie, impuissants, virent Don tressauter sur son lit, les yeux révulsés, le corps tendu comme un arc, tandis que s’empressaient autour de lui le médecin et plusieurs infirmières. Des ordres fusaient qu’ils entendaient comme dans un brouillard, des mots qu’ils n’identifiaient pas. Une seringue s’enfonça dans le fil du goutte à goutte de Don et, petit à petit, les spasmes se calmèrent. Il retomba sur sa couche, calmé. Le médecin croisa le regard d’Alan :

« Il me faut votre accord pour la ponction lombaire monsieur Eppes, ça ne peut plus attendre !

- D’accord, mais je veux rester près de lui.

- Si vous y tenez… »

*****


Il leur fallut très peu de temps pour préparer Don à l’examen. Il avait repris conscience et s’inquiétait de ce qui était arrivé. En quelques mots Alan le mit au courant et l’informa de ce qu’on allait entreprendre. Don sentit dans sa voix toute la détresse qu’éprouvait son père à l’idée de cette manipulation, qu’il allait devoir subir, craignant qu’elle ne le fasse souffrir, malgré les assertions du médecin.

« Ça va aller papa, tu verras, j’en ai vu d’autres. »

Alan sourit à ce fils si courageux qui cachait trop souvent ses peurs et ses souffrances pour ne pas leur faire de mal. C’était typique de Don. Déjà petit, il avait cette propension à ne jamais se plaindre ou à minimiser son mal pour ne pas que ses parents s’inquiètent pour lui. Il se souvenait de cette fois, alors qu’il n’avait pas douze ans, où il s’était brisé le poignet lors d’un entraînement de base-ball. Il avait fallu plus de vingt-quatre heures pour qu’ils s’aperçoivent de la gravité de son état. Il n’avait rien dit, se contentant d’affirmer que ça allait. Heureusement Margaret n’avait pas été dupe longtemps : le teint pâle et le manque d’appétit de son fils, qui d’habitude dévorait comme un ogre, l’avait alertée et elle l’avait emmené aux urgences. Mais Margaret n’était plus là pour déceler la souffrance de son fils et il n’était pas sûr d’être aussi doué qu’elle à ce petit jeu.

Il s’aperçut que, durant le temps où ses pensées avaient dérivé, on avait fini de préparer l’examen. Charlie avait été refoulé à l’extérieur. On roula Don sur le côté, le menton sur la poitrine et les genoux relevés, et son père s’empara aussitôt de sa main tandis que l’infirmière ouvrait sa chemise d’hôpital pour dénuder son dos. Le médecin étala largement l’antiseptique et saisit une seringue d’anesthésique. Alan sentit la main de son fils frémir dans la sienne tandis qu’on lui injectait le produit, mais son garçon lui souriait en même temps, comme pour le rassurer. C’était un comble : c’était lui qui aurait dû le rassurer et l’encourager !

« Vous allez ressentir un pincement. Surtout ne bougez pas ! »

La voix du médecin lui parvenait à travers le masque qu’il avait passé. Alan détourna les yeux pour ne pas voir, l’immense aiguille qu’on allait enfoncer dans le dos de son enfant, et se contraignit à ne fixer que le visage de celui-ci, en essayant de sourire. Le résultat ne fut qu’un piteux rictus tandis que sa main droite allait essuyer le front, couvert de sueur, de Don. Il sentit sa main se contracter alors que l’aiguille pénétrait sa chair et il la lui serra en retour pour le réconforter.

« Tout va bien, mon ange, c’est presque fini. »

Le visage de Don était pâle et sa respiration saccadée. A un moment donné, il serra la main de son père presque douloureusement et Alan eut l’impression fugace qu’il réprimait un cri. Il se sentait tellement impuissant à aider son enfant, et il s’en voulait, même si sa raison lui disait qu’il n’y pouvait rien.

Le médecin dit :

« C’est bon, je viens de prélever le liquide. Je vais retirer l’aiguille. Voilà, c’est terminé. Reposez-vous maintenant. Essayez de remuer le moins possible durant les deux heures à venir. Essayez de dormir. »

On avait retourné Don sur le dos, délicatement, après avoir rajusté sa chemise. Il gardait les yeux clos, paraissant trop épuisé pour pouvoir les ouvrir, mais sa main continuait d’étreindre celle de son père, comme s’il y cherchait l’apaisement.

« Il va bien ? Tout s’est bien passé ? »

La voix inquiète de Charlie tira Alan de ses pensées : il n’avait même pas vu qu’il était de nouveau entré dans la pièce lorsque médecins et infirmières l’avaient quittée.

« Ça s’est bien passé oui.

- Il n’a pas souffert ?

- En tout cas, il ne s’est pas plaint.

- Ce qui ne veut rien dire chez lui, malheureusement. Quand est-ce qu’ils auront les résultats ?

- Il faut compter deux à trois heures d’après le médecin.

- Bon. Après un silence, il reprit en contemplant le visage de son frère qui semblait s’être assoupi. Je ne l’avais jamais vu comme ça, tu vois. Ça change tellement de choses.

- Comment ça ?

- Et bien, Don a toujours été mon grand frère. Il m’est toujours apparu solide, sachant où il allait, maître de ses décisions et si fort ! J’avais l’impression d’être protégé auprès de lui, que rien ne pourrait jamais m’arriver parce que rien ne pouvait lui arriver à lui. Et aujourd’hui, il me paraît si faible, si vulnérable ; j’ai l’impression que c’est à moi de le protéger : j’ai envie de le prendre dans mes bras et de le bercer comme un enfant.

- Il vaudrait mieux pour toi que tu n’essaies pas ça Charlie !

La voix lasse de Don les fit sursauter en même temps qu’un sourire se dessinait sur leurs visages. Décidément, il ne changerait pas !

- Donnie, tu te sens bien ?

- J’ai connu mieux, mais ça va aller. Et puis cesse de m’appeler Donnie OK ?

- Comme tu veux… Donnie ! »

Un pâle sourire vint détendre les lèvres crispées de Don. Une nouvelle quinte de toux le secoua, violente et douloureuse. Charlie et Alan le maintinrent assis le temps qu’elle passe puis le rallongèrent avec infiniment de douceur. Epuisé, il s’endormit d’un sommeil agité, et ils reprirent leur place de chaque côté de son lit pour veiller sur son repos. Ils avaient l’impression d’avoir fait ça de toute éternité et que ça ne s’arrêterait plus.

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XXI   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeSam 4 Juil 2009 - 22:53

CHAPITRE 21


Hôpital, chambre de Don

Alan lisait tranquillement dans la chambre inondée de soleil. De temps à autre, il jetait un coup d’œil sur son fils, tranquillement endormi, presque par réflexe, pour se rassurer aussi. Don était calme, la fièvre était retombée et on l’avait transféré dans cette chambre de médecine générale deux jours avant, tout danger semblant cette fois définitivement écarté. Alan avait du mal à réaliser qu’une nouvelle semaine venait de passer depuis le réveil et les premiers mots de son fils.

Les analyses effectuées avaient permis de mettre en évidence deux types de bactéries distincts attaquant les poumons et migrant dans tous le système, séquelles vraisemblables des heures passées dans l’air conditionné d’un véhicule à la propreté douteuse : c’était terriblement dangereux.

Ils avaient de nouveau vécu trente heures d’angoisse à voir Don décliner petit à petit. L’impression atroce de revoir le film à rebours. Il avait d’abord fallu lui remettre un masque à oxygène pour tenter de remonter sa saturation qui chutait. Mais les poumons ne parvenaient plus à remplir leur office et les médecins avaient dû se résoudre à recourir de nouveau à l’intubation. C’était horrible d’être là à le regarder respirer au travers de cette machine : il était conscient et luttait de toutes ses forces pour reprendre le contrôle de son corps. Douze longues heures d’inquiétude s’étaient étirées durant lesquelles Charlie et lui avaient repris leur veille vigilante et pleine de sollicitude.

La saturation étant redevenue correcte, le médecin avait extirpé le long tube de la gorge de Don. Il avait tout de même dû garder le masque à oxygène plusieurs heures encore avant que sa fonction respiratoire ne redevienne normale. Vingt-quatre heures après, rassuré, le chef de la réanimation signait le transfert du malade dans un autre service. L’épreuve semblait enfin toucher à sa fin.

Mais la lutte avait été féroce et elle avait laissé des traces : le visage de son garçon était pâle et émacié, il avait perdu beaucoup de poids et restait terriblement fatigué. Cependant les médecins disaient que tout rentrait dans l’ordre, tranquillement.

Don dormait beaucoup encore, cela paraissait normal : il devait avant tout reprendre des forces. Pourtant, le matin même, il avait commencé à se plaindre de devoir rester allongé et Charlie et Alan avaient eu un regard presque triomphant : s’il commençait à vouloir bouger, c’est qu’effectivement il allait vraiment mieux. Mais ni l’un ni l’autre, malgré les demandes réitérées de Don, n’acceptait de le laisser seul, ne serait-ce qu’un instant. L’un des deux était toujours à ses côtés, y compris la nuit et rien ne pouvait les convaincre d’abandonner cette surveillance alternée : ils avaient eu beaucoup trop peur et n’étaient pas prêts encore à baisser leur garde.

Pour le moment, Alan était seul. Charlie était parti déjeuner avec Amita et Larry et reprendre un peu contact avec l’université : après quinze jours, il commençait à se faire temps qu’il revienne un peu à ce que, deux semaines auparavant, il aurait qualifié d’essentiel et qui maintenant lui paraissait secondaire, au sens propre du terme. Il n’allait sans doute pas tarder.

Don avait mangé un peu mieux que la veille mais son appétit restait léger : d’un autre côté, on ne pouvait pas dire que la nourriture de l’hôpital était faite pour le stimuler ! Alan avait hâte qu’on lui permette de le reprendre chez lui, afin de lui cuisiner de bons petits plats qui le remettraient très vite sur pieds. Il lui semblait que ce moment béni ne viendrait jamais, tout en notant les améliorations qui, jour après jour, permettait d’espérer qu’il arriverait bientôt.

Le matin on avait enfin débranché le moniteur de constantes vitales et retiré la canule nasale qui maintenait son oxygène au niveau optimum nécessité par son état, qui elle-même avait remplacé le masque : Don retrouvait encore un peu plus de liberté. Il ne lui restait plus qu’une perfusion qui lui apportaient les vitamines et nutriments qui lui manquaient, faute d’une alimentation correcte, ainsi que les antibiotiques destinés à éradiquer les dernières souches de bactéries encore potentiellement viables.

Et sa demande de se lever, même si elle semblait un peu prématurée, était pleine d’encouragement. Connaissant son garçon, Alan savait qu’entre l’envie et la réalisation, il ne se passerait pas plus de vingt-quatre heures, que les médecins soient ou non d’accord. Mais il savait aussi que, compte tenu de ce tempérament, c’était à lui de veiller à ce que son fils n’en fasse pas trop, et surtout pas trop vite.

*****


Ses pensées furent interrompues par un mouvement venu du lit : Don se réveillait de sa sieste. Ses yeux se fixèrent aussitôt sur son père.

« Oh non ! Ne me dis pas que tu es resté là tout le temps ! Combien de temps est-ce que j’ai dormi ?

- Un peu plus de deux heures, mon ange.

- Pourquoi n’en as-tu pas profité pour aller prendre l’air ? Si tu te voyais ! Tu es plus pâle qu’un cachet d’aspirine.

- Tu peux parler toi ! On voit qu’il y a longtemps que tu ne t’es pas regardé dans un miroir ! renvoya son père du tac au tac.

- Papa, je vais bien maintenant. Il est inutile que toi et Charlie continuiez à me veiller comme un trésor.

- Sauf que tu es bien un trésor, tu es notre trésor mon ange et ça, quoi que tu dises ou fasses, tu n’y pourras rien changer.

Don était gêné, il n’avait jamais été à l’aise avec l’expression des sentiments. Il choisit la dérision comme échappatoire.

- Papa ?

- Quoi ?

- Rassure-moi : tu n’as pas l’intention de m’appeler mon ange devant mes collègues, n’est-ce pas ? Sinon, bonjour les vannes !

- Pourquoi pas ? Moi je trouve que ça ferait moins sévère sur ta carte : agent spécial Mon ange Eppes. Il faudrait que j’en parle à ton patron.

- Alors là, oublie tout de suite ! Alan lui sourit avec infiniment de tendresse.

- Non, rassure-toi Donnie, cette habitude va sans doute disparaître en même temps que le souvenir de tout ça. »

Mais Alan savait très bien que le souvenir de ce qui s’était passé le hanterait jusqu’à sa mort et que jamais plus il ne pourrait retrouver la tranquillité d’esprit, même relative, qu’il avait fini par se forger vis-à-vis des dangers encourus par son aîné. Don ne fut pas dupe.

« Tu sais, finalement, c’est plutôt sympa que quelqu’un te traite d’ange de temps à autre. Dans mon boulot, on aurait plutôt tendance à me voir comme un démon.

- Je crains que tu ne sois ni l’un ni l’autre.

- Et je suis quoi alors ?

- Juste mon fils, mon fils que j’aime et que j’ai failli perdre. Alors ne me demande pas de ne pas m’inquiéter pour toi et de reprendre ma vie, comme si de rien n’était, tout de suite. Pour le moment je ne le pourrais pas.

- D’accord papa, je comprends. »

Il y eut un long silence entre les deux hommes. Alan semblait vouloir dire quelque chose qu’il ne parvenait pas à formuler. Comme une crainte qui le tarauderait mais dont il ne savait pas comment faire part à son fils. Puis il se décida :

« Je te demande pardon Don. Les yeux de son fils s’arrondirent de stupeur.

- Pardon pour quoi enfin ? Ne me dis pas que, toi aussi, tu culpabilises encore de ce qui s’est passé ? Charlie y suffit !

- Pas de ce qui s’est passé directement non. Mais je ne peux m’empêcher de me dire que, si j’avais fait les choses autrement, on n’en serait pas arrivé là.

- Tu délires !

- Non, si au lieu d’aller me coucher j’étais resté avec Charlie et toi, j’aurais pu empêcher la dispute ou tout au moins, t’empêcher de partir et…

- Arrête ça tout de suite papa ! Tu sais très bien que c’est stupide. Premièrement, as-tu déjà réussi à nous empêcher de nous disputer Charlie et moi ?

- Pas vraiment, c’est sûr. Même en vous menaçant d’une punition, lorsque vous étiez remontés l’un contre l’autre, il n’y avait pas grand-chose capable de vous calmer. A part votre mère, et encore….

- Tu vois bien. Deuxièmement, crois-tu vraiment que tu aurais pu m’empêcher de partir si j’étais décidé à le faire ? J’aimerais bien savoir comment tu aurais pu t’y prendre.

- Je ne sais pas, en te passant tes propres menottes peut-être !

- Ah ça merci ! d’autres s’en sont chargés !

Don se mordit la lèvre, conscient de la maladresse de ses propos mais, son père ne releva pas, se trouvant lui-même bien maladroit de s’être engagé sur ce terrain. Il enchaîna :

- D’accord, tu es une tête de mule, inutile de t’en vanter !

- Et, troisièmement, même si j’étais resté, tu peux être sûr que toute la bande m’aurait cueilli à mon départ le matin. Alors cesse de te laisser emporter par des hypothèses spécieuses !

- Spécieuses hein ?

- Spécieuses, oui !

- J’ignorais qu’on avait du vocabulaire au F.B.I. !

- La ferme ! »

Mais après ce moment de détente, Alan reprit son sérieux. Il avait enfin le courage d’aller au fond des choses, de ce qui le tourmentait depuis bien des années déjà et il savait qu’il ne devait pas laisser passer ce moment sous peine de ne jamais le voir revenir. Don attendait, suffisamment intuitif pour sentir que son père n’avait pas dit tout ce qu’il avait sur le cœur.

« En fait, ce n’est pas vraiment de ça que je me sens coupable. Non, tu vois, je me dis que si j’avais fait l’effort de t’envoyer à l’université de Fresno, on n’en serait peut-être pas arrivés là. Don le regarda, incrédule :

- Tu es sérieux là ?

- Je n’ai jamais été plus sérieux. Si j’avais été un père à la hauteur, je me serais arrangé pour que tu puisses entrer dans cette université ; tu aurais intégré l’équipe des Pioneers et ça aurait sans doute tout changé.

- Comment ça ?

- Et bien, tu serais vraisemblablement professionnel de base-ball aujourd’hui plutôt qu’agent au F.B.I. et… »

(à suivre)
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 10:05

:mangastart:

Génial... je veux la suite! SVP :mangamerci: :mangamerci: :mangamerci:
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MessageSujet: Cauchemar - chapitre XXII   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 23:05

CHAPITRE 22


Flash-back

Don ne l’écoutait plus. L’aveu de son père venait de le renvoyer dix-neuf ans en arrière, alors qu’il venait de recevoir son diplôme de fin d’études. Il se souvenait d’avoir été accepté dans cette université dont l’équipe de base-ball était renommée : il en rêvait ! Mais les rêves ne sont pas faits pour être vécus. Lorsqu’il avait annoncé la nouvelle à ses parents, il s’était aperçu que, malgré leur fierté, ceux-ci paraissait soucieux. L’inscription n’était assortie que d’une bourse très modeste et les frais de scolarités restaient particulièrement élevés.

Or, dans le même temps, Charlie, lui, bien qu’âgé seulement de treize ans, avait été admis à Princeton, certes avec une bourse quasi-complète, mais, compte tenu des dépenses engendrées par cette orientation, d’autant plus que Margaret l’accompagnant, elle devait abandonner son emploi, ils ne pouvaient pas faire face à ces deux engagements simultanément. Aucun des deux n’avaient eu le courage de le dire à Don ; peut-être espéraient-ils confusément un miracle, mais leur air préoccupé lui avait mis la puce à l’oreille : la fameuse intuition qui faisait de lui un excellent agent était déjà perceptible chez l’adolescent de presque dix-huit ans qu’il était alors.

Semblant quitter la pièce, il avait écouté la conversation qui avait suivi son annonce.

« Il faut lui dire que c’est impossible, commença Alan.

- Non, ce serait un crève-cœur pour lui ! C’est son rêve !

- Et c’est celui de Charlie d’aller à Princeton ! Alors quoi ? C’est à lui qu’on doit dire non ?

- Bien sûr que non ! Charlie a un avenir magnifique devant lui et il passe par Princeton. Comment pourrions-nous le lui refuser ?

- Margaret, nous n’y arriverons pas. Si seulement la bourse proposée à Don était un peu plus conséquente, mais là…

Son ton était découragé.

- Je connais Don, il travaillera.

- Et s’il travaille comme il devra le faire pour payer ses études, étant donné le peu de soutien financier qu’il recevra de nous, ce sont soit ses études, soit le base-ball qui en souffriront, voire les deux !

- Ce n’est pas juste Alan, ce n’est pas juste pour lui !

- Je sais Margaret.

- Non, tu ne sais pas ! On n’a pas à lui demander de se sacrifier ! Tu ne crois pas qu’on l’a déjà assez pénalisé comme ça à toujours nous occuper de son frère ? Et lui n’a jamais rien exigé, ne nous a jamais rien reproché. Ce sont nos enfants ! C’est à nous de faire des sacrifices pour eux. Il serait injuste de demander à Don de faire une croix sur son rêve au bénéfice de son frère : ce n’est pas son rôle ! C’est le nôtre !

Elle en pleurait de frustration et de culpabilité.

- Ne te mets pas dans des états pareils. Ecoute, je vais y réfléchir : peut-être qu’il y a un moyen. On pourrait hypothéquer la maison par exemple, je pourrais prendre un second emploi.

- Et moi je trouverai bien quelque chose à faire à Princeton pendant que Charlie sera en cours. Je suis sûr que là-bas aussi une assistante légale est utile ! On peut y arriver Alan, on doit y arriver !

- Tu as raison, on va tout faire pour y arriver. »

Mais le ton de son père était si découragé, si triste que Don comprit que c’était mission impossible. Ses parents ne pourraient pas payer à la fois sa scolarité et celle de Charlie. « Et alors, se dit-il, après tout, pourquoi est-ce que ce serait à moi de lui laisser la place ? » Mais il savait très bien pourquoi : parce que son petit frère, pour pénible qu’il soit, était un vrai génie, destiné à de grandes choses et qu’il devait avoir la chance de passer par les meilleures écoles. Alors que lui, était-il destiné à devenir un grand joueur de base-ball ? Après tout, aucune université ne s’était bousculé pour l’engager, l’incitant à rejoindre leur équipe en lui octroyant une bourse suffisante. « Non et non ! Il n’a qu’à se débrouiller lui aussi, pourquoi ce serait toujours tout pour lui et rien pour moi ? »

Là encore, Don savait très bien que son raisonnement ne tenait pas : comment, étant donné son jeune âge, son frère serait-il en mesure de se « débrouiller » ? Et puis, vu le niveau de ses études, il n’aurait sûrement pas beaucoup de temps libre : devait-il le passer à remplir un emploi ingrat et mal payé où il serait en butte aux tracasseries de gens bien moins brillants que lui et d’autant plus envieux ? Il était sorti sans bruit : il devait réfléchir, penser à tout ça. Ses pas l’avaient tout naturellement portés vers le terrain de base-ball où s’entraînait une équipe de tout jeunes enfants. Il sourit en se souvenant qu’il avait été un jour de ceux-là : combien d’entre eux avaient les mêmes rêves, les mêmes espoirs ? Et combien d’entre eux devraient y renoncer ? ajouta-t-il avec une grimace.

Un homme s’approchait de lui qu’il regarda avec attention : il portait un blouson au revers duquel était cousu l’écusson des Stockton Rangers. Il connaissait cette équipe de seconde division, plutôt bonne au demeurant, qu’il avait vu jouer à plusieurs reprises durant ces années. L’homme avait visiblement l’intention de l’aborder et il attendit :

« Vous êtes bien Donald Eppes ?

- Don Eppes, oui, dit-il, corrigeant machinalement ce prénom qu’il n’appréciait guère.

- Je suis Kyle Harris, l’entraîneur des Stockton Rangers.

Don se souvint alors d’avoir effectivement remarqué cet homme trapu, d’une quarantaine d’années, sur le bord du terrain lors des derniers matches auxquels il avait assisté.

- Oui, je vous remets. Votre équipe a bien tourné cette année.

- Oui, plutôt bien. Mais le titre nous a échappé parce qu’il nous manquait une bonne deuxième base. Nous avons vraiment besoin d’un joueur polyvalent si nous voulons avoir des chances l’an prochain.

- Alors vous devez en recruter un, ça doit bien se trouver non ?

- Ça se trouve, effectivement. C’est d’ailleurs pourquoi je suis ici.

- Ah oui ? Vous pensez avoir trouvé quelqu’un dans l’équipe de la fac ?

- Non, dans celle du lycée.

- Du lycée ? Vous voulez dire, notre équipe ?

- En effet, juste le joueur que je recherche : rapide, précis, analysant rapidement les situations et sachant s’y adapter très vite ; il serait idéal pour nous.

L’esprit de Don fonctionnait à toute allure, repassant un à un chaque membre de son équipe.

- Et je peux savoir de qui il s’agit ? Si ce n’est pas indiscret bien sûr.

- C’est de vous qu’il s’agit Don : vous permettez que je vous appelle Don, n’est-ce pas ?

- Bien sûr, répondit-il, l’esprit en déroute. »

Il était à mille lieux d’imaginer qu’un entraîneur pouvait venir le voir, lui, Don Eppes, avec l’idée de l’engager dans une équipe professionnelle. Non, il se méprenait sans doute.

*****


Et pourtant non : Kyle Harris lui proposait en effet de rejoindre l’équipe des Stockton Rangers. En tant que professionnel, il toucherait un salaire qui lui permettrait de financer ses études à l’université de Californie. Quelque part Don savait que c’était inespéré et pourtant il hésitait : il avait souvent rêvé de jouer professionnel, mais ses rêves le plaçaient toujours en première division, pas en seconde. Jouer à ce niveau ne risquait-il pas de lui interdire à jamais d’accéder à la division supérieure ? Le jeu professionnel comportait des risques de blessures, le jeu universitaire aussi conclut-il honnêtement, à ce point de son raisonnement. D’un autre côté, ses études payées…

« Je sais ce que vous pensez, déclara Kyle Harris lorsque Don lui fit part de ses doutes dans la mesure où il était accepté à Fresno. Mais réfléchissez-y. Si vous intégrez les Pioneers, vous jouerez au niveau universitaire : c’est vrai que c’est là que la plupart des recruteurs de première division font leur marché. Mais croyez-moi, ils surveillent aussi la seconde division et ne se gênent pas pour nous piquer nos meilleurs joueurs. A vous de les convaincre. Par ailleurs, quel est le montant de la bourse qu’on vous offre ? Vingt, trente pour cent du montant total de vos études ? Moins peut-être ? Vos parents pourront payer la différence ?

- Je ne pense pas.

Don n’en revenait pas d’être en train d’avouer cela à cet homme qu’il ne connaissait pas.

- Donc vous devrez vous trouver un travail. Vous imaginez ce que ce sera ? Les cours, le base-ball et le travail en plus. Vous ne pourrez pas tout mener de front, tôt ou tard vous devrez faire un choix entre les cours et le base-ball. Ou bien, la fatigue aidant, vous vous blesserez sérieusement et compromettrez à jamais vos chances. Alors je sais que ce n’est sans doute pas votre premier choix mais réfléchissez bien : si vous rejoignez l’équipe, vous jouerez tout autant au base-ball, à la différence près que vous n’aurez pas à occuper un autre emploi puisque ce sera justement le base-ball votre emploi. Vous joindrez ainsi l’utile à l’agréable, si je puis me permettre, car vous vous doutez bien que le niveau d’entraînement sera autrement plus exigeant que celui que vous connaissez actuellement. Mais je crois en vous. J’aimerais que vous me permettiez d’en parler avec vos parents. »

Don avait quitté l’entraîneur en lui demandant à réfléchir. Et il était rentré chez lui en tournant et retournant tous les arguments pour et contre dans sa tête. Pourtant, il savait déjà que c’était la réponse à son tourment : l’entraîneur avait raison : jouer professionnel en seconde division ne l’empêcherait pas d’accéder à la première s’il se montrait à la hauteur. Et il pourrait délivrer ses parents de toute contrainte financière à son égard : le salaire proposé couvrait intégralement ses frais de scolarité et d’hébergement.

Arrivé chez lui, il annonça à ses parents la proposition faite par l’entraîneur et sa décision d’y répondre favorablement. Si Alan, soulagé, se contenta de le féliciter chaleureusement, ne voulant pas savoir si la décision de son fils reflétait son choix réel, Margaret fut plus réticente. Elle attira son fils à part et eut une longue discussion avec lui pour s’assurer qu’il ne regretterait pas ce choix. Il sut la convaincre que c’était ce qu’il voulait et qu’il était totalement emballé par l’idée de jouer professionnel dès la saison suivante. Elle n’insista pas et Charlie, à qui on annonça la nouvelle au repas du soir, poussa des cris de joie et se montra particulièrement fier de pouvoir annoncer que son grand frère était un joueur de base-ball professionnel.

Ses parents avaient cependant tenu à rencontrer l’entraîneur avant de donner leur accord. Celui-ci avait su les convaincre du sérieux de sa proposition, et surtout du fait que leur fils serait en sécurité dans son équipe. C’était ce qui comptait avant tout pour eux. C’est ainsi qu’il avait rejoint l’équipe, dès la fin de l’été.

Et la vie avait suivi son cours entre base-ball et études jusqu’au jour où Don s’était rendu compte, à tort ou à raison, qu’il ne parviendrait jamais en première division. Il s’était alors engagé au F.B.I alors qu’il n’avait pas tout à fait vingt-trois ans et il ne regrettait rien.

*****
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XXII (suite)   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 23:06

Mais pour Alan, qui avait cheminé sur la même route en pensée, les choses étaient différentes. A de nombreuses reprises, il s’était demandé s’il n’aurait pas dû, ce soir-là, approfondir un peu les motivations de son fils aîné. Il aurait sans doute dû l’inciter à choisir le base-ball universitaire et à s’inscrire à Fresno. Cette pensée lui était déjà venu quinze ans auparavant, ce jour de juin où était arrivée chez eux une lettre à l’en-tête du F.B.I adressée à Don. Cela avait provoqué un vent de panique : qu’est-ce que le bureau, dont Alan gardait un si mauvais souvenir de ses années de militantisme pacifiste, pouvait bien vouloir au garçon ? Qu’avait-il pu commettre pour attirer l’attention de ce qu’il était convenu de considérer comme la meilleure police du pays ?

Ayant ouvert la lettre, Don leur avait alors annoncé tout de go qu’il avait passé le concours d’entrée au F.B.I deux semaines auparavant, les entretiens un peu après et que la missive lui apprenait qu’on l’attendait une semaine plus tard à l’académie de Quantico pour y faire son stage de formation.

La stupeur avait alors cloué ses parents sur place tandis que Charlie le regardait avec des yeux grands comme des soucoupes : son frère au F.B.I ? C’était géant ! Alan, quant à lui, ne put s’empêcher de penser qu’il avait raté quelque chose avec son garçon : il n’avait pas réussi à lui inculquer la notion qu’on ne choisissait pas une voie pour plaire ou déplaire à quelqu’un, mais parce qu’elle nous tentait. Et il n’avait pas compris à ce moment-là que c’était la voie qui plaisait à son fils, que celui-ci avait trouvé son but et non qu’il cherchait à s’affirmer face à ses parents et surtout face à ce petit frère à la hauteur duquel il ne parviendrait jamais à se hisser quoi qu’il fasse. C’est alors que, pour la première fois, il avait eu l’impression que, s’il n’avait pas si facilement accepté que Don s’engage dans les Stockton Rangers, ils n’en seraient pas là. C’était ce sentiment qu’il tentait à nouveau d’exprimer aujourd’hui.

Fin du flash-back - Hôpital, chambre de Don

« Arrête papa ! Tu dérailles. D’abord, qui te dit que j’aurais accédé à la première division ? Ce n’était pas gagné tu sais !

- Mais j’ai l’impression de ne pas t’avoir permis de saisir ta chance.

- Papa ! J’avais fait mon choix tu comprends. Rien ne m’y obligeait !

- Sauf ce que tu nous avais entendu dire, ta mère et moi !

- Tu le savais ?

- Que tu avais écouté ? Non, tu viens de me le confirmer. Mais ta mère s’en doutait : ce soir-là, après que tu nous aies eu annoncé ta décision, elle me l’a dit.

- Comment ?

- Elle l’avait compris d’après votre conversation, lorsqu’elle avait tenté de s’assurer que ton choix était vraiment ce que tu désirais.

- Mais c’était ce que je désirais papa, vraiment ! Et je n’ai jamais regretté ce choix, je t’assure !

- Mais si tu étais allé à l’université, tu ne serais peut-être pas entré au F.B.I et tout ça ne se serait pas produit.

- Sauf que tu oublies une chose essentielle.

- Laquelle ?

- Mon travail au F.B.I. n’a rien à voir avec mon enlèvement ! Mes ravisseurs voulaient faire pression sur Charlie et ils m’auraient cravaté même si j’avais été professionnel de base-ball, sauf que, dans ce cas, ajouta-t-il avec un sourire, ils auraient pu avoir fort à faire avec les bookmakers ! »

Alan lui rendit son sourire, soudain soulagé d’un grand poids, s’apercevant que tous ces faux remords qu’il ressassait n’étaient que l’expression de l’intense terreur qu’il avait vécu ces jours derniers.

« D’accord, j’ai tout faux, on n’en parle plus ! dit-il en s’approchant de son fils pour déposer un rapide baiser sur ses cheveux.

- Tu as fini de m’embrasser comme ça ! protesta Don pour dissiper l’émotion qui les envahissait. On croirait une fille !

- Je te prie de rester correct avec ton père. Une fille ! Non mais ! râla Alan sans pouvoir s’empêcher d’ébouriffer les cheveux qui, décidément, avaient beaucoup poussé ces deux dernières semaines.

- Mais tu sais, continua Don sur le ton de la plaisanterie. Si vraiment tu as des remords de ne m’avoir pas payé d’études, il y a un bon moyen de t’en débarrasser.

- Ah oui ? Et comment ça, mon ange ?
Alan avait appuyé sciemment sur le surnom, souriant à la grimace qu’il attendait sur le visage de Don.

- Fais-moi un chèque du montant de ce que tu aurais déboursé à l’époque. Ça me dépannerait bien.

- C’est ça ! Rêve ! C’est plutôt toi qui devrais me payer pour t’avoir donné la chance de devenir un excellent flic.

- Un excellent flic hein ? Rien que ça ?

- Quoi ? Tu préfèrerais que je dise minable ?

- Non, tout compte fait, je préfère excellent. »

Les deux hommes éclatèrent de rire de l’absurdité de ce dialogue : ils en avaient tellement besoin. Dans ce rire, disparaissait les derniers vestiges de souffrance, de peur, de culpabilité qui les avaient déchirés.

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Chapitre XXIII   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 23:08

CHAPITRE 23


Hôpital

Alan ne se lassait pas de regarder son fils rescapé et il avait du mal à le quitter des yeux, comme s’il risquait de le perdre dans le laps de temps où il détournerait le regard. Il lui semblait que Don lui était plus précieux encore depuis qu’il avait été si près de mourir. La conversation qu’il avait eu avec le médecin, lorsqu’enfin on avait pu transférer son garçon dans le service de médecine, résonnait encore à ses oreilles.

« Vous êtes sûr qu’il n’est pas trop tôt ? s’était-il inquiété, lui qui était si impatient pourtant de pouvoir rentrer avec son fils et de tourner cette page atroce.

- Non, ne vous inquiétez pas. Cette fois-ci, il est vraiment tiré d’affaire : la pneumonie est presqu’enrayée, il respire normalement et sa saturation est bonne.

- Mais il a toujours de la fièvre.

- C’est normal après ce qu’il vient de vivre. Elle devrait tomber dans les quarante-huit heures à venir.

- Et si ce n’était pas le cas ?

- Cessez de vous inquiétez de ce qui pourrait arriver et profitez plutôt d’avoir toujours votre garçon près de vous. Croyez-moi, vous avez beaucoup de chance !

- Soyez sûr que j’en suis conscient.

- En tout cas, votre fils est solide. Je ne connais pas un homme sur cent qui aurait survécu à ce qu’il a traversé. C’est presqu’un miracle qu’il soit encore en vie.

- De ça aussi je suis conscient.

- Ce doit être quelqu’un de très pugnace non ?

- Comment le savez-vous ?

- Parce qu’il a fallu qu’il se batte pour survivre, et sans cette volonté, il ne serait plus là aujourd’hui.

- Il est très volontaire en effet. C’est pour ça qu’il est excellent dans son métier.

- Je n’en doute pas. En attendant, veillez bien sur lui et nous vous en faites pas : tout ira bien désormais. »

Tout irait bien, Alan ne cessait de se répéter cette dernière phrase, mais il ne pouvait pas effacer d’un trait toute cette inquiétude qu’il avait ressentie et qui ne le quittait plus. Il en gardait ce besoin d’avoir encore son fils auprès de lui : pouvoir le voir, le toucher, lui parler.

« A quoi penses-tu ? demanda Don, le voyant ainsi songeur.

- A plein de choses, ou à rien, au choix.

- Voilà une réponse d’une clarté formidable ! s’esclaffa son fils.

Cela faisait tellement de bien d’entendre à nouveau ce rire qui avait failli s’éteindre à jamais.

- Je t’aime mon fils.

Don redevint sérieux : ce n’était vraiment pas sa tasse de thé les effusions, et ce n’était pas non plus le style de son père. Il prenait à nouveau la mesure du traumatisme que celui-ci avait subi.

- Je t’aime aussi papa. »


Ils furent interrompus par l’irruption dans la chambre de Charlie qu’ils n’avaient pas entendu arriver. Il était un peu pâle mais ne tarda pas à se joindre à eux dans une conversation sans queue ni tête qui n’avait pour but que de les rassurer.

Ce soir là, Don mangea enfin de bon appétit. Il convainquit Charlie et son père de le laisser enfin seul cette nuit et s’endormit à peine eurent-il passé le seuil. Le lendemain matin, en se réveillant, il aperçut son frère profondément assoupi dans le fauteuil à son chevet et eu un sourire à la fois attendri et résigné : décidément, il n’arriverait pas à se débarrasser de ses garde-malade tant qu’il serait hospitalisé. Raison de plus pour sortir le plus vite possible de cette chambre. Il fit ses premiers pas le matin suivant, soutenu par ses deux « nounous » comme il les appelait, et le soir même on débranchait sa perfusion.


Trois jours plus tard, il sortait de l’hôpital, encadré par Charlie et son père. Cela donna encore une fois lieu à une passe d’armes. Conformément au règlement hospitalier, il fut contraint de s’installer dans un fauteuil roulant, malgré ses récriminations. Ce fut son père qui, dans un premier temps, mena l’engin jusqu’à ce que Charlie réclame le droit de le faire à son tour, arguant que, contrairement à Don, il n’avait jamais eu le privilège de pousser le landau ou la poussette de son frère : il ne tenait pas à laisser passer l’occasion qui lui était donnée.

Evidemment, Don protesta haut et fort, déclarant que confier le maniement du fauteuil à Charlie revenait à lui faire courir le risque de se retrouver cloué au lit avec de multiples fractures. Finalement, le cadet obtint gain de cause et la sortie eut lieu dans un grand éclat de rire collectif déclenché par la trajectoire quelque peu erratique que le mathématicien imprima au fauteuil de son frère.

*****


Maison des Eppes

A la maison, Don, très ému, s’aperçut qu’on avait préparé une fête en son honneur : Robin qui vint l’embrasser tendrement, lui donnant une furieuse envie de l’entraîner à l’écart de tout ce monde, Larry et Amita, David, Colby et quelques autres collègues étaient présents. On but à la santé du rescapé qui se sentit gêné de tous ces témoignages d’amitié : il n’arrivait pas à s’habituer à être le centre d’intérêt. Et puis, il y eut ce moment où le surnom, revenu de son enfance, échappa à son père et son embarras s’accrut tandis qu’il attendait les moqueries inévitables de ses collègues. Ceux-ci pourtant se contentèrent de sourires plus attendris et complices que moqueurs et il prit alors conscience qu’eux aussi avaient eu terriblement peur pour lui et que le soulagement qu’ils ressentaient à le voir sain et sauf, et à voir son père et Charlie enfin apaisés, le mettait vraisemblablement à l’abri de leurs esprits caustiques pour quelque temps.

Cependant, Alan ne laissa pas la soirée se prolonger : son fils restait encore faible et avait besoin de repos. Les uns après les autres, les invités prirent congés, heureux d’avoir pu constater que Don allait bien, beaucoup mieux qu’ils n’auraient pu l’espérer deux semaines auparavant. Robin fut la dernière à partir, au grand regret de son fiancé, mais elle avait été intransigeante : pas d’effort pour le moment ! Avec un grand soupir, Don lui arracha la promesse de revenir le voir dès le lendemain.

La porte refermée, les trois hommes se laissèrent tomber dans le canapé, se sentant simplement heureux d’être réunis tous les trois. Puis Alan, reprenant son rôle de père autoritaire, ordonna à son aîné d’aller se coucher. Après des protestations, plus destinées à convaincre les siens qu’il allait parfaitement bien que réellement sincères, Don monta s’aliter dans son ancienne chambre et s’endormit immédiatement, épuisé par la journée chargée qu’il venait de vivre.

A leur tour, Charlie et Alan montèrent et se séparèrent dans le couloir qui menait à leurs chambres après s’être souhaité le bonsoir. Alan laissa passer une bonne heure puis ressortit silencieusement de sa chambre avec un oreiller et une couverture. Il passa devant celle de Charlie, en catimini : aucune lumière ne filtrait sous la porte. Le mathématicien était déjà endormi. Tant mieux, son père ne tenait pas à ce qu’il sache ce qu’il comptait faire.

Il arriva à la porte de Don et l’ouvrit. Il ne pouvait se décider à le laisser dormir seul, un irrépressible élan le poussait, pour une nuit encore à veiller sur son sommeil. Il y avait dans la chambre un canapé sur lequel il serait très bien installé. Et il veillerait à quitter la chambre avant le réveil de Don. Il pénétra dans la chambre où résonnait la respiration calme et régulière de son fils.

Puis soudain il se figea, l’oreille aux aguets : un second souffle faisait écho au premier. Plissant des yeux, il devina que Charlie avait eu la même idée que lui. Sauf que son cadet s’était directement allongé aux côtés de son frère, dans le grand lit qui occupait le centre de la chambre. Il dormait paisiblement, ayant passé son bras au travers du corps de son aîné qui lui tournait le dos.

Alan eut un sourire attendri : ses deux enfants, ses petits à lui ! Il alla s’allonger sur le canapé et s’endormit à son tour, serein.

Don ouvrit les yeux dans la pénombre et écouta les respirations de son frère et de son père ; il sourit, résigné : il ne parviendrait donc pas à les convaincre qu’il allait bien désormais ! Et dans le même temps, un sentiment d’infinie sécurité l’envahit : jamais autant qu’aujourd’hui il n’avait ressenti l’immense bien-être que procure la sensation d’appartenir à une vraie famille.

(à suivre)
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MessageSujet: Cauchemar - Epilogue   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 23:15

EPILOGUE


Maison des Eppes

Charlie entra en coup de vent dans la maison : « Papa, Donnie ! Vous êtes là ? »

Sans attendre de réponse, il grimpa quatre à quatre les marches et se précipita dans la chambre de son frère : celui-ci n’était pas là. Pourtant, à cette heure-ci il était censé se reposer et il aurait été étonnant qu’Alan se soit abstenu de le lui rappeler : son père s’était transformé en véritable mère poule envers son aîné, lui cuisinant ses plats préférés pour stimuler son appétit encore un peu paresseux, lui interdisant tout effort et surtout veillant scrupuleusement à ce qu’il ait suffisamment de repos : nuits de dix heures au moins et sieste obligatoire.

D’ailleurs, Don commençait à ruer dans les brancards de ce régime auquel il n’était pas habitué, lui qui, depuis des années, se contentaient de six heures de sommeil maximum. La veille, son père avait dû transiger sur une sieste dans le salon plutôt que dans la solitude de la chambre. Cela n’avait pas empêché Don de dormir d’ailleurs, mais cette mini révolte présageait d’un retour imminent à une vie plus normale.

Le salon ! Il y trouverait sans doute à nouveau son frère. Mais celui-ci n’était pas là et Charlie eut un mouvement d’inquiétude tout en se demandant si, désormais, chaque fois qu’il ne pourrait pas retrouver son frère dans l’instant où il le cherchait, il ne pourrait se défendre de cette appréhension qui le saisissait aussitôt.

« Où est Don ?

- Pas dans la maison, heureusement. Avec tout le raffut que tu fais, il aurait bien du mal à se reposer !

- Mais il se repose où alors ?

- Dans le jardin. Il refusait d’aller faire sa sieste sous prétexte qu’il faisait bien trop beau pour rester enfermé. J’ai réussi à le convaincre de s’installer dans une chaise longue pour se reposer au moins une heure. Il dormait moins de cinq minutes plus tard, et il dormait encore quand j’y suis retourné il y a dix minutes. Je m’apprêtais d’ailleurs à aller voir s’il voulait boire quelque chose, au cas où il serait réveillé bien sûr.

- Laisse, j’y vais.

- Evite de le réveiller s’il dort encore. Je l’ai trouvé fatigué aujourd’hui. »

Charlie regarda son père avec affection. Il restait tellement attentif aux moindres signes de malaise chez Don. Le traumatisme qu’il avait subi ne semblait pas devoir disparaître de sitôt. Disparaîtrait-il jamais d’ailleurs ?
Alan allait pourtant devoir se résoudre à laisser repartir son fils. Charlie ne savait pas si son père était prêt à ça, pas plus que si lui-même l’était. Tant que Don était sous leurs yeux, ils arrivaient à se persuader que tout irait bien désormais mais ils ne pouvaient s’empêcher de s’inquiéter de lui à la première occasion : un éternuement, un froncement de sourcil semblant indiquer une souffrance, une pâleur soudaine les mettaient immédiatement sur le qui-vive. Et pourtant, l’un comme l’autre savaient bien que Don allait reprendre le cours de sa vie, et très bientôt sans doute, comme en témoignait la très longue visite de Robin la veille. La vie reprenait son cours et c’était très bien ainsi.

Tout en se laissant aller à ces pensées, Charlie était arrivé dans le jardin. Il s’arrêta un instant pour observer son frère assoupi. Depuis deux semaines qu’il était rentré, il avait repris des couleurs et du poids : ses joues n’étaient plus aussi creuses. On l’avait, petit à petit, débarrassé des divers pansements qui recouvraient ses plaies : d’abord ceux des cuisses, puis des chevilles, celui de la tempe et pour finir ceux des poignets, puis du torse et de l’épaule. Seul demeurait le plâtre qui emprisonnait son poignet gauche pour au moins une semaine encore et contre lequel il pestait régulièrement dans la mesure où il entravait sérieusement sa liberté : lui, si indépendant, devait accepter qu’on lui coupe ses aliments et qu’on l’aide à nouer ses lacets ; cela lui devenait insupportable.

Charlie s’attarda un instant sur la longue trace livide qui zébrait la tempe de Don. D’autres cicatrices marquaient son corps, aux jambes et aux poignets, qui, selon les médecins, mettraient un peu de temps à disparaître complètement. Mais elles disparaîtraient, contrairement à ces cicatrices, invisibles, que chacun d’eux avait récoltées durant cette épreuve, et qui, elles, s’atténueraient sans doute mais resteraient à jamais gravées au fond d’eux.

*****


Don se laissait aller à la douceur de cet après-midi : la température était agréable, pas trop caniculaire, très chaude cependant. Mais il lui semblait qu’il n’arriverait pas à emmagasiner assez de chaleur après le froid dont il avait souffert. Il savait que ces jours de souffrance l’avaient marqué à jamais. Il savait aussi qu’il était désormais temps de reprendre sa vie en main.

Cela faisait plus de quatre semaines maintenant qu’il subissait d’abord la loi de ses ravisseurs, puis celle des médecins et enfin, celle de sa famille. Il sourit, attendri, en se remémorant toutes les preuves d’affection qu’il recevait quotidiennement de son père et de Charlie. La moins évidente d’entre elle n’était pas l’attention presque despotique que son père portait à son rétablissement complet.

Il mesurait par là à quel point les deux hommes avaient souffert de l’ignoble situation, à quel point ils avaient vécu l’enfer et combien ils tenaient à lui. Charlie n’osait même plus le contredire, sur quelque point que ce fut, et son père passait son temps à s’inquiéter de tout. Au moins, ne dormaient-ils plus dans la même chambre que lui, comme cela s’était produit la nuit de son retour. Mais il savait fort bien que l’un comme l’autre se relevaient encore parfois pour s’assurer qu’il dormait bien. Trois nuits auparavant, il avait fait un horrible cauchemar et il s’était réveillé dans les bras de son père accouru à ses gémissements d’angoisse, tandis que Charlie, les cheveux en bataille, arrivait à son tour dans la chambre, alerté lui aussi par l’agitation de son frère.

Il ne pouvait pas continuer à les laisser vivre ainsi, suspendus au moindre de ses gestes : ce n’était ni sain, ni juste, et pour eux, et pour lui. Il commençait, petit à petit à reprendre des forces et en profitait pour s’éloigner doucement : il ne voulait pas leur faire de mal mais ils devaient comprendre que, quel que soit leur besoin de le protéger, il fallait lui laisser vivre sa vie, aussi dangereuse puisse-t-elle être.

Deux jours auparavant, il était repassé au F.B.I. où toute son équipe l’avait reçu avec un enthousiasme qui l’avait touché : on l’attendait, il était temps qu’il revienne. C’était ce que chacun avait dit, à sa manière, y compris le directeur, croisé dans les couloirs. Et au contact de cette fourmilière humaine, il avait senti remonter l’envie de reprendre le chemin de son bureau, de retrouver ces heures, parfois difficiles, durant lesquelles ils unissaient leurs efforts pour résoudre ensemble le cas qui les occupait.


Et puis, la veille, Robin était venue : elle avait posé son après-midi pour passer du temps auprès de lui. Elle était assise dans le fauteuil, près du canapé, lorsqu’il s’était éveillé de la sieste qu’il avait obtenu de faire à cet endroit plutôt que dans sa chambre. C’était un premier pas : il comptait bien supprimer bientôt la sieste elle-même, mais il savait qu’il en avait toujours besoin pour se ressourcer totalement, et c’est pourquoi il ne protestait pas trop encore. Chaque chose en son temps, comme aurait dit sa mère.
Robin lui apprit que son frère était à l’université et que son père profitait de sa présence à elle pour vaquer à d’autres occupations. Cela aussi serait à régler : cette impossibilité que semblaient avoir Alan et Charlie a le laisser totalement seul, comme s’il avait été un nourrisson incapable de prendre soin de lui-même. Sans doute était-ce dû à cette sensation qu’ils avaient eu alors qu’il était entre la vie et la mort, puis si malade ensuite et qu’ils avaient l’impression que sa vie dépendait d’eux, comme celle d’un nouveau-né dépend de ses parents.

Mais là encore, les choses avaient évolué et ils devaient s’en rendre compte. Il avait peu vu sa fiancée depuis son admission à l’hôpital : elle avait été totalement accaparée par son procès et n’avait pu venir le voir autant qu’elle l’aurait voulu. Elle passait pourtant tous les jours, parfois quelques minutes seulement, jamais plus de deux heures, faute de temps et elle s’en voulait. Mais c’était lui qui l’avait rassurée en lui disant qu’il comprenait et qu’il n’était pas question que le pervers qu’elle poursuivait s’en tire parce qu’il avait quelques bobos, c’était ses propres mots.

Le pervers en question avait été condamné à trente ans de réclusion la veille et elle avait enfin le loisir de passer du temps auprès de l’homme qu’elle aimait. Le baiser qu’ils échangèrent alluma instantanément leur désir : il leur semblait qu’il y avait une éternité qu’ils n’avaient pas fait l’amour. Ils étaient montés dans la chambre alternant caresses et baisers et leur première étreinte avait été rapide, presque douloureuse tant elle était intense : le plaisir était venu très vite et les avait rejetés enchevêtrés sur le lit, épuisés mais pas encore rassasiés l’un de l’autre.

La deuxième étreinte avait été sublime, pleine de tendresse, les délivrant de la peur, de la culpabilité, de la souffrance qu’ils avaient pu ressentir durant ces quatre semaines. Ils avaient atteint le paroxysme du plaisir dans un même élan et s’étaient endormis enlacés.

Revenu de ses cours, Charlie, toujours à la recherche de son frère lorsqu’il rentrait, les avait surpris dans cette position et un sourire attendri avait fleuri sur ses lèvres : il n’était même pas gêné de voir ainsi son frère et son amie dans la plus totale nudité. Pour lui, c’était simplement le signe que Don était définitivement guéri même si cela impliquait qu’il ne tarderait vraisemblablement pas à repartir. Il se félicita d’avoir, pour une fois, été discret en ouvrant la porte, permettant ainsi aux amoureux de n’avoir aucune idée qu’ils avaient été surpris. Il savait qu’ils en auraient été terriblement gênés. En effet, ni Don, ni Robin n’eurent jamais le moindre soupçon sur le spectacle dont ils avaient été les acteurs inconscients.

Le réveil les avait à nouveau emmenés aux rives d’un désir qu’ils n’avaient eu aucun scrupule à assouvir une fois encore : il leur semblait que leur entente n’avait jamais été aussi parfaite. En début de soirée, ils avaient enfin quitté la chambre pour une douche commune durant laquelle ils s’étaient adonnés à certaines privautés qui avaient enfin fini par rassasier leurs sens.

Ils avaient alors rejoint Alan et Charlie dont les sourires complices prouvaient qu’ils avaient leur petite idée sur la manière dont le convalescent avait passé l’après-midi. Le « Alors fiston, tu as passé un bon après-midi ? » d’Alan voulait tout dire.

Robin était partie vers vingt-deux heures, rappelée par son bureau sur les lieux d’un homicide et Don s’était senti terriblement frustré de ne pouvoir se joindre à elle. C’est à ce moment-là qu’il avait pris la décision d’aller voir le médecin avant la fin de la semaine pour lui faire signer sa réaffectation, même si, dans un premier temps, il savait qu’il serait cantonné au bureau, ne serait-ce qu’à cause de son poignet qui n’était pas encore guéri : pas d’agent blessé sur le terrain, c’était la règle. Mais il pouvait être utile dans bien d’autres domaines, et de toute façon, en tant que chef de la section des crimes violents, il aurait du pain sur la planche à son retour : quatre semaines d’absence avaient sans doute amené une tonne de paperasses sur son bureau !


Lorsque son père était venu lui rappeler qu’il devait rentrer se reposer, il avait refusé, arguant du beau temps et de son envie de profiter du jardin. Alan avait alors proposé qu’il s’allonge sur un transat dans le jardin et il avait cessé de protester : non qu’il ait vraiment sommeil, mais il devait réfléchir à la manière de lui apprendre, ainsi qu’à Charlie, qu’il comptait reprendre son travail dès la semaine suivante, si le médecin lui signait son habilitation, et qu’il était aussi temps pour lui de regagner son appartement. Et puis il s’était malgré tout endormi en quelques minutes.

Depuis son réveil, il songeait à nouveau à son dilemme. D’un autre côté, cette petite sieste lui avait prouvé qu’il avait encore besoin de ce repos, ce qui sous entendait qu’il n’était peut-être pas prêt, autant qu’il le pensait, à reprendre les longues heures d’un travail exigeant et pénible. Il serait peut-être plus judicieux de commencer par reprendre à temps partiel ? Et puis, tant que la fracture de son poignet le handicapait dans certaines tâches, il pouvait peut-être rester ici où il trouvait toute l’aide dont il avait besoin ? C’était sans doute ça la solution : y aller progressivement.

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La sensation d’être observé lui fit ouvrir les yeux et il aperçut alors son frère qui le scrutait intensément. Il lui sourit :

« Hello Charlie, je ne savais pas que tu étais rentré.

- Oh ! Ça fait quelques minutes seulement. Alors comme ça, tu as réussi à échapper à la sieste ?

- Pas tout à fait, tu vois. Disons qu’on a transigé !

- Tout va bien ?

- Bien sûr, tout va bien. Qu’est-ce qu’il y a Charlie ? »

L’intuition de Don lui soufflait que son frère avait besoin de lui parler. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’il le sentait : Charlie venait le voir pour lui parler de tout et de rien, s’interrompait, comme cherchant ses mots, puis repartait sur un autre sujet. Et durant tout ce temps là, Don avait l’impression qu’il voulait lui parler de toute autre chose. Déjà, lorsqu’il avait commencé à aller mieux, à l’hôpital, il avait eu cette impression. Et depuis, elle ne l’avait pas lâché.

Il ne s’était jamais senti aussi proche de son petit frère : ils parlaient ensemble des heures, ou restaient silencieux, chacun absorbé dans sa tâche : lui dans un livre quelconque ou devant la télé, et Charlie devant ses équations ; il apportait souvent un bloc notes pour s’installer auprès de lui et travailler en silence, heureux simplement de le sentir si proche. C’était la première fois qu’il voyait Charlie faire ses calculs sur un bloc plutôt que sur ses tableaux !

Quelquefois, il sentait le regard de son frère fixé sur lui, songeur, indécis mais, lorsqu’à son tour il levait les yeux, Charlie se replongeait dans sa tâche sans qu’un mot ne passe ses lèvres, ou il se levait et lui proposait une boisson, lui demandait s’il avait besoin de quoi que ce soit. Mais jamais il n’abordait ce qui semblait le miner. Aujourd’hui, Don sentait que son frère était enfin prêt à se livrer.

« Allons, je sais que tu as quelque chose à me dire.

- Ah oui ! Et comment le sais-tu ?

- Je suis du F.B.I. tu vois. Je sens très bien lorsqu’un criminel est prêt à passer aux aveux.

- Merci de la comparaison !

- Alors… Charlie !

- Et bien…

Il hésita encore puis lâcha, comme s’il se jetait à l’eau.

- Je voulais simplement te demander pardon Donnie.

- Quoi ? Oh non ! Tu ne vas pas recommencer Charlie ! On en a déjà parlé ! Tu n’es absolument pour rien dans ce qui vient de se passer. Quand allez vous cesser, toi et papa, de vous excuser pour un événement contre lequel vous ne pouviez absolument rien ? Qu’est-ce que je dois dire pour te faire comprendre que…

- Ce n’est pas de ça que je veux m’excuser Don. C’est bon, j’ai compris que je n’aurais rien pu changer à tout ça.

- Quand même ! Il t’aura fallu du temps !

- Je reste cependant convaincu que j’aurais pu être un peu plus vif à la détente.

- Charlie, tu veux que je te dise ?

- Vas-y !

- C’est maintenant que j’aimerais que tu sois plus vif à la détente : tu n’es pour rien dans tout ça !

- Oui, oui, ça je sais !

- Donc le sujet est clos !

- Celui-là oui. Mais ce n’est pas pour ça que je te demandais pardon.

- Pour quoi alors ?

- C’est simple, je te demande pardon d’être le pire frère qui puisse exister.

- Mais enfin Charlie, ça ne va pas ? De quoi tu parles ?

- Don, je t’ai pourri la vie depuis le jour de ma naissance. J’ai attiré sur moi l’attention de tout le monde, comme un petit roi, sans me soucier de ce que tu pouvais ressentir.

- Charlie, tu n’as rien fait du tout. C’était comme ça et c’est tout.

- Oui, mais tu as souvent dû te sentir tellement seul et abandonné de tous. Tu n’as même pas eu droit à ta propre fête de fin d’étude : je me suis arrangé pour être diplômé en même temps que toi et te voler ce moment inoubliable dans la vie d’un homme.

- Ça c’est sûr : tu as sans doute fait exprès d’avoir ton diplôme juste cette année-là n’est-ce pas ? Je me demande même si tu n’as pas soudoyé les professeurs pour ça ?

Mais l’humour de Don tomba à plat : Charlie était lancé, il avait besoin de vider enfin ce trop plein de culpabilité qui le hantait depuis trop longtemps. Et Don le ressentit si violemment qu’il décida de le laisser aller au bout de son discours avant de lui répondre.

- Et puis, je t’ai volé maman.

- Comment ça ?

- Lorsqu’elle m’a accompagné à Princeton. Toi aussi tu avais besoin d’elle.

- Arrête Charlie. J’avais dix-huit ans !

- A peine…

- Il n’empêche ! J’étais tout à fait capable de m’occuper de moi ! On n’aurait pas pu en dire autant de toi ! Tu n’étais qu’un bébé !

Il s’attendait à ce que son frère proteste bruyamment, mais Charlie, poursuivant son idée, n’avait même pas l’air d’avoir entendu le sarcasme.

- N’empêche qu’à cause de moi, tu n’as pas pu profiter d’elle autant que tu en avais le droit. Et maintenant qu’elle est morte…

- Alors là, je t’arrête tout de suite ! Tu ne vas pas me dire que tu es coupable de la mort de maman non ?

- Non, bien sûr que non ! Mais je t’ai laissé tombé là encore. Je me suis contenté de fuir la réalité, une fois de plus, en m’enfermant dans le garage avec ce satané problème. Comme un égoïste que je suis, je ne me suis pas soucié de ce que tu pouvais ressentir, du poids que ce pouvait être pour toi de devoir tout gérer et d’avoir en plus à t’occuper de papa. Je ne me suis occupé que de moi.

- C’était peut-être parce que tu n’étais pas capable de t’occuper de quelqu’un d’autre Charlie. La seule façon pour toi de faire face. Et de réussir à te relever.

- Si je n’avais pas été ce que je suis, tu n’aurais pas eu la même vie. D’abord, tu aurais pu faire des études à Fresno et jouer au base-ball dans l’équipe des Pioneers.

- Où es-tu allé chercher ça ?

- Je vous ai entendu l’autre jour, papa et toi.

- Oh non !

- S’il avait pu te payer tes études, ta vie aurait peut-être été totalement différente.

- Ma vie me plaît telle qu’elle est Charlie, ça suffit maintenant !

- Et puis, sans moi, on ne t’aurait pas enlevé, ni torturé. Tu n’aurais pas eu à vivre cette horreur !

- Tu dis n’importe quoi Charlie !

- Non, tu sais très bien que j’ai raison. Si ces ordures t’ont enlevé c’est parce qu’ils voulaient que je résolve des calculs pour eux. Si je n’étais pas ce que je suis, ça ne serait pas arrivé et ça, tu ne pourras jamais dire le contraire. J’ai vraiment été le pire des frères qu’on puisse imaginer !

- Ça y est ? Tu as terminé tes élucubrations ? Alors maintenant tu vas m’écouter ! Si tu n’étais pas ce que tu es, je ne serais pas non plus ce que je suis, c’est clair ? C’est vrai, le monde tournait autour de toi durant notre enfance : je n’ai pas pour autant été mal aimé ou abandonné. Les parents ont toujours été là pour moi et tu le sais, et toi aussi tu étais là ! Je me souviens de toutes ces fois où je t’entendais hurler au bord du terrain de base-ball, des conseils que tu me donnais après avoir fait tes calculs…

- Conseils que tu ne suivais d’ailleurs quasiment jamais.

- Exact ! Je n’allais pas laisser mon petit frère décider pour moi non ? Et je te rappelle que je l’ai eu ma fête de fin d’études : les parents m’ont laissé inviter mes copains dans la maison de la plage qu’ils avaient louée !

- C’est vrai, j’étais furieux de ne pas être invité et de ne pas avoir le droit d’en faire autant. Ils trouvaient que j’étais trop jeune !

- Et ils avaient raison. Donc, si l’un de nous a privé l’autre de sa fête, ce serait plutôt moi ! Quant à mes études, si tu nous as entendu papa et moi, ce qui en passant est parfaitement indiscret, et je devrais me fâcher que tu aies écouté aux portes, tu sais très bien ce que j’en pense et je ne reviendrai pas dessus. Comme je te l’ai dit, comme je lui ai dit, je n’ai aucun regret : ma vie me plaît comme elle est et je crois que je suis là où je devais être. Pour ce qui est de mon enlèvement et tout ce qui s’en est suivi, puisque, bien que le sujet ait été clos, tu veux vraiment revenir dessus : crois-tu vraiment que tout cela ne peut arriver qu’à la famille d’un génie ? Imagine que je sois devenu un grand joueur de base-ball : n’aurai-je pas été exposé au même risque avec cette fois-ci l’argent pour motif ?

- Tout ça, ce ne sont que des mots Don.

- Et tes questions ? C’était quoi ? Des idéogrammes ? Charlie, tu vois, si j’avais dû choisir mon petit frère, et bien…

- Quoi ?

- J’aurais voulu qu’il soit plus petit que moi par la taille : ben oui, ainsi c’était plus facile de lui flanquer des roustes lorsqu’il m’embêtait ; je l’aurais choisi brun, avec les cheveux bouclés, comme maman. Et surtout, je l’aurais choisi supérieurement intelligent, bien plus que moi en tout cas, pour qu’il puisse faire son chemin sans craindre personne. Bref, j’aurais choisi Charlie Eppes et personne d’autre, parce qu’il est le meilleur petit frère qu’on puisse imaginer ! Et que, quoi qu’il en pense lui-même, il n’y a pas une once d’égoïsme en lui !

- Tu parles sérieusement ?

- Tu m’as déjà vu parler autrement ? Et puis réfléchis un peu Charlie, si tu en es capable ! Si toi tu es le pire des petits frères, que dire de moi en tant que grand frère ?

- De quoi tu parles ?

- Ben oui, qui t’a saboté tes années de lycée ? Qui refusait systématiquement que tu l’accompagnes lors de ses sorties ? Qui ne s’interposait pas quand d’autres se moquaient ou te brimaient ? Qui jouait de sa popularité sans chercher à la partager avec son frère ? Tu ne crois pas que tu aurais aussi bien des griefs contre moi ?

- Mais non voyons ! Tu vivais ta vie d’ado, c’était normal. Tu n’allais pas t’embarrasser d’un mioche non ? Je n’aurai jamais voulu d’autre grand frère que toi !

- Alors, si je ne suis pas coupable, pourquoi le serais-tu ? »

*****


Charlie regarda longuement ce frère qu’il adorait, et la vérité lui apparut d’un seul coup. C’était vrai, il y avait eu des moments difficiles entre eux, mais rien n’avait jamais été irrémédiable. Et puis c’était du passé. Don avait raison : s’il n’avait pas été ce qu’il était, toute leur relation en aurait été changée. Cela impliquait-il qu’elle aurait été meilleure ou pire ? Pourquoi se projeter dans l’invérifiable ? Pourquoi se torturer avec de faux remords plutôt que de profiter du moment présent ? Et le moment présent c’était ce lien si fort qui s’était tissé entre eux depuis cinq ans, qui se renforçait de jour en jour et que les derniers événements avaient rendu indestructible.

Désormais il savait qu’entre Don et lui il n’y aurait plus d’ombre, plus de malentendu. Des disputes ? Oh sans doute qu’il y en aurait, violentes parfois, c’était inévitable étant donné leurs caractères respectifs, mais il n’y aurait jamais plus de brouille.

Il eut un sourire radieux, le sourire qu’adresse un petit frère au grand frère qu’il idolâtre et qui vient de lui annoncer qu’il l’emmène avec lui.

« Je crois que j’ai été un peu idiot non ?

- Un peu ? C’est à se demander pourquoi on estime que tu as du génie !

- D’accord, on n’en parle plus. Ah si ! Juste une dernière chose !

- Quoi ?

- Je te signale que j’avais treize ans quand je suis parti pour Princeton. Je n’étais donc plus un bébé !

Don sourit : ainsi son frère avait relevé la moquerie.

- Ah non ? Pourtant à voir ton comportement à l’époque, j’aurais juré du contraire !

- Don, tu es… tu es…

- Oui ?

- Tu es impossible !

- Fichtre ! Quelle éloquence ! Me voilà habillé pour l’hiver ! se moqua l’aîné feignant l’effroi.

Puis il s’aperçut que son frère le regardait avec dans les yeux un pétillement qui ne le trompa pas :

« Toi, tu as quelque chose à me dire…

- Qu’est-ce qui peut te le faire penser ? objecta Charlie, tentant de prendre l’air innocent.

- Arrête ! Je te connais par cœur. Et tu sais très bien que tu ne peux rien me cacher.

- Je te trouve bien sûr de toi, monsieur l’agent spécial du F.B.I.

- Je te trouve bien mystérieux monsieur le professeur de mathématiques appliquées… Allez, vas-y, accouche ! finit par prier l’aîné.

- Et bien, je suis allé voir ton patron ce matin et…

- Et ?

- J’ai récupéré mon accréditation !

- Quoi ? C’est vrai ?

Don n’en revenait pas.

- Enfin, ils te l’ont rendue comme ça, sans enquête, sans rien ?

- Juste pour mes beaux yeux mon cher frère ! se vanta alors le mathématicien.

Puis il reprit :

- Non, sérieusement, j’ai entamé les démarches quand tu étais encore à l’hôpital. Il y a eu une enquête, tout le tremblement et puis ils ont décidé que je n’étais finalement pas une menace pour la sécurité nationale. Donc, voilà, depuis ce jour, je suis officiellement réintégré au sein du F.B.I. en tant que consultant. Et quand tu retourneras au boulot, tu me trouveras à nouveau sur ta route.

- Tu es sûr de toi Charlie, vraiment sûr ?

Charlie planta ses yeux droits dans ceux de son aîné :

- Je n’ai jamais été aussi sûr de toute ma vie, Don.

- Alors je suis content.

- Et moi donc ! Et puis comme ça je vais pouvoir veiller sur toi !

- Avise-toi seulement d’essayer de le faire et tu verras… protesta l’aîné feignant l’indignation.

Puis ils se regardèrent, de l’affection plein les yeux et ils éclatèrent de rire.

Alan qui venait à leur rencontre s’arrêta pour les regarder : ses deux enfants, si semblables et si différents ! A ce moment précis, il savait que Margaret et lui avaient bien fait les choses : ils avaient fait de ces deux petits des hommes accomplis qui mettaient toute leur énergie au service des autres et surtout ils en avaient fait deux frères qui étaient avant tout des amis.

Il avait envie de figer le moment présent définitivement, de les garder là, tous les deux, dans son giron, protégés à jamais de ce que le monde pouvait avoir de laid et de violent.

Il savait pourtant que c’était juste une parenthèse. Les signes de ces derniers jours ne trompaient pas : Don allait bientôt reprendre son travail, rentrer chez lui et il savait qu’il ne ferait rien pour l’en empêcher. Son devoir de père ce n’était pas de le retenir contre son gré mais, au contraire, de l’encourager à déployer ses ailes, comme il l’avait déjà fait lorsque lui et son frère étaient devenus adultes. Il se devait avant tout de lui cacher ses peurs pour ne pas l’entraver : sa liberté était à ce prix. C’était à lui de combattre l’inquiétude qui avait toujours été présente depuis que son fils était entré au F.B.I mais dont il savait que, dorénavant, elle serait encore plus obsédante. En aucun cas il ne devait l’afficher.

Ses deux fils étaient adultes et ils devaient mener leur vie à leur gré, lui ne devait être là que pour les épauler et les encourager, les guider aussi s’ils le lui demandaient et c’était tout.

Il se dirigea vers ses garçons et déposa près d’eux les boissons et les gaufres qu’il venait de préparer. Il s’assit avec eux et ils se mirent à discuter à bâtons rompus, simplement heureux d’être vivants, d’être réunis tous les trois en cette fin d’après-midi ensoleillé. Simplement heureux que le cauchemar soit enfin terminé.

FIN
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeDim 5 Juil 2009 - 23:18

Voilà, c'est fini.
Merci à tous ceux qui ont eu le courage d'aller jusqu'au bout et un grand merci pour les gentils messages.
Quant à Cali, inutile de me harceler maintenant: C'EST FINI!
Il n'y a pas de suite, voilà, c'est tout, point final! :mangaporte:
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeLun 6 Juil 2009 - 1:58

Merci pour cette splandide fic qui a sus me tenir en halaine :mangaclind\'oe

Citation :
Quant à Cali, inutile de me harceler maintenant: C'EST FINI!
Il n'y a pas de suite, voilà, c'est tout, point final! :mangaporte:

Finir de te harcelé? non mais tu réves là et mes autres fic :mangadémoniaqu allé :mangaj\'yvaisj vas les écrire et plus vite que ça! et tu aurra droit à :mangachatsucet
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeLun 6 Juil 2009 - 20:39

Je ne suis pas à vendre. Il va falloir beaucoup plus que :mangachatsucet crois-moi... mais pour :mangachatsucet :mangachatsucet :mangachatsucet :mangachatsucet :mangachatsucet :mangachatsucet
à voir... :mangaporte:
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MessageSujet: ^^   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeVen 31 Juil 2009 - 21:38

Eh oui, comme tu l'as suggéré et comme je l'ai confirmé, j'ai triché :mangagéné:

Pis d'abord, ça vallait franchement le coup!!! Je l'aime de plus en plus cette fic. Même si à des moments, je me suis tortillée sur ma chaise.

Genre:

# Don fait demi-tour, repart vers la maison de Charlie, s'arrête, gamberge. J'y vais? J'y vais pas?... #

Et moi: "Mais qu'est-ce que tu fous?! Ils vont te tomber dessus!! Dégage!!"

# Il se fait effectivement cravater. #

Et moi: "Putain mais c'est pas vrai!!"

Ou quand il le torture :;ahhhhhhhhhhhh

Pis en plus, tu change les P.O.V et résultat des courses, on se met facilement dans la peau des persos. Ce qui confirme ton talent parce que cette fic est purement, simplement GENIALE.

Tout hein. Pas que les passages :crashhhhhhh: naaaaannn, tout le reste n_n

Je crois que je viens de comprendre que tu as mis la fin? Si c'est le cas, je reviendrais demain la lire parce que même si je suis gourmande, je ne vais pas abuser des bonnes choses :mangahein::


Et :félicitation: pis :félicitation: et encore :félicitation: pour cette merveille.

Cass.
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MessageSujet: Re: [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeSam 1 Aoû 2009 - 0:47

arigatou
Que de compliments, je suis rouge de confusion!!! :oupsssss:
Prenez-en de la graine espèces d'horribles gamines mal élevées qui ne cessez de vous en prendre à mon grand âge!!!! :grrrrrrrrr:

Je suis ravie que ma fiction t'aie plus et oui elle est terminée sur ce forum... :yaquelq\'un:

En tout cas venant de toi dont j'adore les fics (que j'espère bien voir ici très vite), je suis d'autant plus touchée... :amour:


[Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Signat10[Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Cissy_10
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage (S. Guitry)
La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a des limites, tandis que la bêtise n'en a pas (C. Chabrol)
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MessageSujet: ^^   [Numb3rs] - Cauchemar - ??? - PG13 - Page 2 Icon_minitimeSam 1 Aoû 2009 - 18:12

:mangaporte: j'ai fini et maintenant je :mangapleure: parce que Bon Dieu que cette fic m'a prise aux tripes!!!

J'ai pas les mots pour t'expliquer combien j'ai pris un pied réél à la lire. Déjà le sujet, c'était bien trouvé, l'histoire en elle-même ne tourne pas en rond, elle suit un shéma bien défini.

J'ai d'ailleurs eu l'impression de lire un épisode :mangarire: alors imagine comment j'étais passionnée au fil de ma lecture.

Pis les descriptions, les annecdotes, les sentiments... ça respire la maturité tout ça :mangastart: et c'est d'autant plus agréable à lire.

Alors c'est décidé, je suis officiellement amoureuse de ta plume, de ton talent et de cette perle!!

Un big :félicitation:

Cass.
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